Le Film du jour n°167 : En 2000, il conviendra de bien faire l'amour

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°167 : En 2000, il conviendra de bien faire l'amour
Titre original : Conviene fare bene l'amore
Un film italien de Pasquale FESTA CAMPANILE (1974) avec Luigi Proietti, Agostina Belli, Christian de Sica, Eleanora Giorgi...
A la lecture du titre du Film du jour, bon nombre d'entre vous se sont dit : "Encore un nanar érotique dont l'intérêt est quasi nul ; inutile donc de lire cette rubrique qui, une fois de plus, ne m'apportera rien au niveau intellectuel..." Eh bien, chers amis, détrompez-vous. Certes, Pasquale Festa Campanile (1927-1986), le réalisateur de En 2000, il conviendra de bien faire l'amour, est un homme assez porté sur la "chose" : il a aussi signé des perles comme L'amour à cheval, Quand les femmes avaient une queue, Ma femme est un violon ou Personne n'est parfait.
Mais c'est aussi un intellectuel, journaliste et écrivain, devenu cinéaste en 1963. Et le sujet du long métrage qui nous intéresse aujourd'hui s'inspire des recherches du psychiatre et psychanalyste autrichien Wilhelm Reich (1897-1957), un élève de Sigmund Freud.
Le Film du jour n°167 : En 2000, il conviendra de bien faire l'amour

Un autre fleuron de la filmographie de Pasquale Festa Campanile ! (image : www.cinema-francais.fr)

Le Film du jour ne se hasardera pas à détailler la subtilité des travaux de Wilhelm Reich (votre serviteur n'ayant pas les outils intellectuels pour maîtriser le sujet)... mais sachez toutefois que l’œuvre de ce monsieur est habituellement divisée en trois périodes : une période psychanalytique (dans le sillage de Freud), une période freudo-marxiste où, très engagé socialement, Wilhelm Reich réussit une synthèse des apports de Freud et de Marx au sein de ce qu'il appelle la Démocratie du travail, et, enfin, une période "orgonale", dans laquelle l'essentiel de ses travaux est consacré à une recherche approfondie sur le phénomène du vivant et sur l'énergie vitale émanant de ce qu'il appelle "orgone" (sorte d'énergie spécifique douée d'efficacité biologique).
Bref, si vous ne vous êtes pas encore endormis et que vous ne voyez toujours pas le rapport avec le Film du jour, apprenez que le héros de En 2000, il conviendra de bien faire l'amour est un sexologue fervent lecteur de Reich, bien décidé à utiliser l'énergie sexuelle libérée lors de l'orgasme pour le bienfait de l'humanité. Rien de moins !
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Agostina Belli et Christian de Sica dans En 2000, il conviendra de bien faire l'amour (image : www.ivid.it)

En 2000, il conviendra de bien faire l'amour, l'histoire : S'inspirant des théories du psychiatre et psychanalyste Wilhelm Reich (oui, je sais, je l'ai déjà dit...), le scientifique italien Enrico Coppola imagine pouvoir exploiter l'énergie électrique censée être générée lors des activités sexuelles. Devenir le champion du développement durable, trente ans avant que ce mot devienne à la mode, tel est son objectif ! On imagine sans peine le succès du procédé, alors que le prix du baril de pétrole oscille aux alentours de 100 dollars et que les énergies fossiles, sources de pollution, sont montrées du doigt... Bref, notre sexologue lance une expérience avec deux sujets particulièrement doués. Bingo, ça marche ! Fort de ces essais concluants, il recrute des travailleurs pour son usine et impose bientôt des cadences infernales. Et l'amour, dans tout ça ?
Le Film du jour n°167 : En 2000, il conviendra de bien faire l'amour

Agostina Belli

L'une des jolies cobayes du professeur Coppola est jouée par l'actrice italienne Agostina Belli. Dans le cœur des cinéphiles, la sublime Agostina Belli restera à jamais la jeune fille qui tente d'apprivoiser Vittorio Gassman, l'aveugle cynique et désespéré de Parfum de femme (Risi, 1974), César du meilleur film étranger en 1976 au nez et à la barbe de Aguirre, la colère de Dieu (Herzog, 1972), Nashville (Altman, 1975) et La flute enchantée (Bergman, 1975). Eh oui, ça avait de la gueule, les palmarès des César dans le temps...
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Vittorio Gassman et Agostina Belli dans Parfum de femme (Risi, 1974). Rassurez-vous, Gassman joue un aveugle... (image : www.allocine.fr)

Née en 1947, Agostina Belli débute au cinéma dans Bandits à Milan (1969) de Carlo Lizzani. Tout de suite, les films s'enchaînent, essentiellement en Italie, mais aussi en France (Cran d'arrêt d'Yves Boisset en 1969). La belle se retrouve également au générique de grosses coproductions internationales comme Barbe-bleue d'Edward Dmytryk en 1971. Elle y est l'une des victimes du baron interprété par Richard Burton.
Il lui faudra quand même enquiller une vingtaine de longs métrages avant de rencontrer un metteur en scène transalpin de stature incontestable comme Dino Risi avec qui elle tournera Parfum de femme et La carrière d'une femme de chambre (1975). Auparavant, on l'avait vue chez Lina Wertmüller (Mimi métallo blessé dans son orgueil, 1971, avec Giancarlo Giannini), chez Lucio Fulci (Obsédé malgré lui, 1971, avec Laura Antonelli) ou chez Sergio Sollima (La poursuite implacable, 1973, avec Fabio Testi et Oliver Reed).
Au début des années 70, Agostina Belli s'est néanmoins hissée au rang d'icône sexy du cinéma italien, un statut confirmé par plusieurs numéros de l'édition italienne de Playboy où la belle s'expose en vrai sexe-symbole.
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Agostina Belli en une de l'édition italienne de Playboy en 1976. Rien à ajouter...

Dans la foulée de Parfum de femme, plusieurs réalisateurs français tombent sous le charme d'ingénue sensuelle d'Agostina Belli. Alain Robbe-Grillet (Le jeu avec le feu, 1974), Claude Pinoteau (Le grand escogriffe, 1975, avec Yves Montand), Yves Boisset à nouveau (Un taxi mauve, 1976, avec Philippe Noiret, Peter Ustinov, Fred Astaire et Charlotte Rampling) ou Pierre Kast (La guérillera, 1982, avec Jean-Pierre Cassel et Maurice Ronet) font appel à la jeune femme pour enrichir leur casting. Malheureusement, victime comme beaucoup d'autres de la crise du cinéma italien, les rôles de l'actrice sur grand écran s'étiolent.
Vers la fin des années 70, Agostina Belli se perd dans des long métrages comme Violence à Manaos (Vasquez-Figeroa, 1979), film aux accents politiques certains mais au final film d'aventure miteux. A noter aussi la présence de la jolie Italienne dans le long métrage d'anticipation à connotation mystique Holocauste 2000 (de Martino, 1977). Elle y joue la compagne enceinte d'un riche milliardaire (Kirk Douglas) supervisant la construction d'une centrale nucléaire au Proche-Orient. Divers signes inquiétants semblent annoncer une catastrophe imminente qui pourrait déclencher l'arrivée de l'Antéchrist et il se pourrait bien que la pauvre Agostina en soit la mère porteuse...
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Agostina Belli et Kirk Douglas dans Holocauste 2000 (De Martino, 1977) (image : www.toutlecine.com)

Face à tant d'adversité, Agostina Belli se tourne vers la télévision dans les années 80, puis espace considérablement ses apparitions sur le petit et le grand écran. En 2006, elle est néanmoins revenue au cinéma dans un film italien (Uno su due, Cappucio). Comme je suis un monstre abominable doublé d'une ordure finie, je vous ai joint un photogramme de ce long métrage où l'on voit que le temps a fait son œuvre et qu'il n'a pas épargné l'actrice (je sais ce que c'est ; moi aussi, j'ai été durement frappé...). "Avec le temps va, tout s'en va, même les plus chouettes souvenirs, ça t'a une de ses gueules...", chantait Léo Ferré. Le rapport ? Aucun bien entendu...
Agostina Belli dans "Uno su due" (Cappucio, 2006)

Agostina Belli dans "Uno su due" (Cappucio, 2006)

Publié dans Titres étranges

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