Le Film du jour n°166 : Quel numéro, ce faux numéro !

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°166 : Quel numéro, ce faux numéro !
Titre original : Boy, Did I Get a Wrong Number ?
Un film américain de George MARSHALL (1966) avec Bob Hope, Elke Sommer, Phyllis Diller, Cesare Danova, Marjorie Lord...
Après Un crack qui craque (Lanfield, 1949), voici un deuxième film au titre absolument désopilant avec Bob Hope en vedette. Presque vingt ans plus tard et à près de 65 ans, le comique américain n'est toutefois plus aussi alerte, ce qui vaut à Quel numéro, ce faux numéro ! le qualificatif enviable de "poussiéreux véhicule", donné par Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier dans 50 ans de cinéma américain. D'autant que le réalisateur, George Marshall, vieux routier du cinéma hollywoodien, affichait de son côté 75 ans au compteur quand il mit en boîte ce long métrage... Autant dire que le film sent la naphtaline et le vieux monsieur !
Le Film du jour n°166 : Quel numéro, ce faux numéro !

Elke Sommer (accrochée au porte-manteau) et Bob Hope dans Quel numéro, ce faux numéro !

Né en 1891 et décédé en 1975, George Marshall tournait déjà des courts-métrages en 1914. C'est à partir de 1935 qu'il se consacre exclusivement aux longs métrages et c'est en 1938 qu'il signe un premier travail important avec Hollywood en folie, film consacré à la revue musicale de Samuel Goldwyn et agrémenté de chansons de George Gershwin.
Jusqu'en 1969, George Marshall bouclera bon an mal an deux à trois films chaque année, avec plus ou moins de bonheur. Parmi les réussites, on citera un bon Laurel et Hardy (Les sans-soucis, 1932), plusieurs westerns d'excellente facture (Femme ou démon, 1939, avec James Stewart et Marlène Dietrich ; Le fils de Geronimo, 1952, avec Charlton Heston ; La vallée de la poudre, 1958, avec Glenn Ford), un classique du film noir (Le dahlia bleu, 1946, avec Alan Ladd et Veronica Lake) et quelques comédies musicales relativement enjouées (Les jarretières rouges, 1954, avec Rosemary Clooney, la tantine de George Clooney).
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Veronika Lake et Alan Ladd dans Le dahlia bleu (1946) de George Marshall (image : www.toutlecine.com)

Dans les années 50, George Marshall met en scène plusieurs films de l'assez irrésistible tandem formé par Dean Martin et Jerry Lewis, comme Ma bonne amie Irma (1949), Fais-moi peur (1953), Un galop du diable (1953) ou P'tite tête de troufion (1957) (avec le seul Jerry Lewis).
George Marshall se met aussi un temps au service de Glenn Ford et de Debbie Reynolds en bouclant une série de comédies plutôt poussives (Le général casse-cou, 1958 ; Opérations Geisha, 1961 et Le bataillon des lâches, 1964, avec Monsieur Ford ; Comment dénicher un mari, 1958, avec Mademoiselle Reynolds ; Tout commença par un baiser, 1959 ; Un mort récalcitrant, 1959, avec les deux stars).
Dans les années 60, le seul travail intéressant auquel George Marshall participe est La conquête de l'Ouest (1962), western coréalisé avec John Ford et Henry Hathaway. Cramponne-toi Jerry (1969), avec Jerry Lewis en vedette, est le dernier film que notre homme réalise pour le cinéma.
Quel numéro, ce faux numéro ! l'histoire : En téléphonant à sa femme, un homme d'âge mûr se retrouve impliqué dans une vague histoire policière aux côtés d'une jeune actrice en fuite, plus connue pour ses apparitions dans des publicités pour bains moussants que pour la qualité de ses interprétations (c'est bizarre, ça me rappelle plusieurs actrices d'aujourd'hui qui pointent comme salariées de L'Oréal...).
Le Film du jour n°166 : Quel numéro, ce faux numéro !

Elke Sommer

La jeune actrice en fuite de Quel numéro, ce faux numéro ! n'est autre que la charmante Elke Sommer, actrice d'origine allemande que le Film du jour a déjà évoquée de manière succincte dans ces colonnes (voir Mon petit oiseau s'appelle Percy, il va beaucoup mieux, merci) et à laquelle nous avons consacré un spécial Pépée du jour...
"Appétissante blondinette teutonne au visage enfantin et à la poitrine opulente" (dixit Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma), Elke Sommer mérite que l'on s'attarde un peu sur son cas. Car la jeune femme n'est pas qu'un torse impressionnant... malgré les apparences (voir ci-dessous la une du numéro de Ciné-revue qui consacre un "dossier" sur le buste féminin et le cinéma... il y a des journalistes qui n'ont pas la vie facile quand même...). Née en 1940, baronne de son état et aujourd'hui installée à Los Angeles, Elke Sommer, qui maîtrise couramment sept langues, est en effet devenue un peintre assez coté.
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Pour illustrer le buste féminin au cinéma, Elke Sommer était apparemment la femme de la situation...

Étonnamment, c'est en Italie que l'actrice démarre sa carrière cinématographique. Lors d'un voyage en 1958 avec sa mère, la jeune femme est repérée par l'acteur/réalisateur Vittorio de Sica. Grande vedette à l'époque, l'homme a le bras long et réussit à faire embaucher la blondinette dans quelques comédies. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître, car, dans la foulée, Elke Sommer va enquiller joyeusement les rôles légers, tant au niveau interprétation qu'au niveau vestimentaire. Producteurs allemands, italiens et français... tous veulent enrôler la belle qui en profite pour jouer les pin-up dans de nombreux magazines.
On voit ainsi la jeune femme batifoler dans De quoi tu te mêles, Daniela et Douce violence, deux films réalisés en 1961 par l'inénarrable Max Pecas qui, avant de se spécialiser dans le nanar tropézien, signa des films policiers à forte connotation érotique (voir On se calme et on boit frais à Saint-Tropez). Francis Blanche et Darry Cowl ont aussi le plaisir de tâter de la teutonne aux tétons tétanisants dans Les bricoleurs (Girault, 1962).
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Peter Sellers et Elke Sommer dans Quand l'inspecteur s'emmêle (Edwards, 1964) (image : www.toutlecine.com)

L'Angleterre, puis l'Amérique, tombent alors sous le charme d'Elke et la belle commence à hanter les grosses productions internationales comme Les vainqueurs (Foreman, 1963) aux côtés de Jeanne Moreau, Mélina Mercouri et Romy Scheider, ou Pas de lauriers pour les tueurs (1963) avec Paul Newman.
Son rôle dans ce dernier film vaut même à notre Walkyrie le Golden Globe de la révélation féminine. Mais ce n'est qu'avec Quand l'inspecteur s'emmêle (Edwards, 1964), deuxième volet des aventures de l'inspecteur Clouzot (Peter Sellers) après La panthère rose (Edwards, 1964), qu'Elke Sommer attire définitivement l'attention de la planète cinématographique. Elle accède au statut tant envié de sexe-symbole interplanétaire.
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Paul Newman, Edward G. Robinson et Elke Sommer dans Pas de lauriers pour les tueurs (Robson, 1963) (image : www.cinema.de)

Les rôles vont alors s'enchaîner à vitesse grand V jusqu'à la fin des années 60. Seul (gros) problème : de tous les films que l'actrice joue entre 1965 et 1970, aucun ne casse véritablement la baraque, excepté l'excellent film d'espionnage Plus féroces que les mâles (R. Thomas, 1966), long métrage où Elke Sommer partage l'affiche avec la toute aussi affriolante Sylva Koscina.
L'actrice réussit quand même à donner la réplique à Robert Vaughn et Boris (Frankenstein) Karloff dans Minuit sur le grand canal (J. Thorpe, 1966), puis à Dean Martin dans Matt Helm règle son "comte" (soyez sympas, rigolez...) (Karlson, 1968). Des titres égrillards comme Les rêves érotiques de Paula Schultz (Marshall, 1967) et Mon petit oiseau s'appelle Percy, il va beaucoup mieux merci (R. Thomas, 1970) n'ajoutent pas grand-chose à sa filmographie.
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L'un des multiples films tournés par Elke Sommer à la fin des années 60 (et aujourd'hui bien oubliés) (image: www.encyclocine.com)

Dans les années 70, la carrière d'Elke Sommer s'enfonce malheureusement dans la série B internationale (essentiellement allemande et italienne) et la plupart de ses films ne sortent même pas en France, c'est tout dire !
On pointera quand même ses rôles dans deux films d'épouvante de l'excellent Mario Bava (Baron Blood, a.k.a La chambre de la mort, 1972, et Lisa et le diable, 1972, film qui existe aussi dans une version charcutée par le producteur et intitulée La maison de l'exorcisme, 1975). L'encore jeune femme est également au générique d'une énième version des Dix petits nègres (Collinson, 1971), avec Stéphane Audran et Charles Aznavour côté casting français.
A partir de 1978, année de sa première exposition en tant que peintre, on ne verra plus l'opulente Allemande que dans une dizaine de films, tous inédits dans les salles hexagonales. Elke Sommer est peut-être passée à côté d'une (très) grande carrière au cinéma...

Publié dans Titres rigolos

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