Le Film du jour n°158 : Vous intéressez-vous à la chose ?

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°158 : Vous intéressez-vous à la chose ?
Un film franco-allemand de Jacques BARATIER (1973) avec Nathalie Delon, Muriel Catala, Didier Haudepin, Renée Saint-Cyr...
La chose ? Quelle chose ? Vraiment je ne vois pas... En tout cas, voilà un titre délicat comme on les aime au Film du jour... Long métrage érotique tourné en plein cœur de l'explosion du genre, Vous intéressez-vous à la chose ? est toutefois un film à part dans la carrière de son réalisateur Jacques Baratier, né en 1918 et décédé en 2009.
Cinéaste associé à la Nouvelle vague mais classé avec Franju, Resnais, Bernard-Aubert, Drach, Marker, Pollet ou Rouch dans la catégorie "autres" (en référence aux "vrais" de l'équipe des Cahiers du cinéma comme Truffaut, Godard ou Chabrol), Jacques Baratier a déjà quarante ans lorsqu'il s'attaque en 1957 à son premier long métrage. Tourné en Tunisie avec Omar Sharif en vedette - et Claudia Cardinale dans l'un de ses tout premiers rôles -, Goha le simple décroche le Prix international du festival de Cannes en 1958. Le cinéaste avait tourné auparavant près d'une dizaine de courts-métrages documentaires dont quelques-uns centrés sur Paris et la vie de ses quartiers, et notamment Paris la nuit (1956), coréalisé avec Jean Valère et détenteur d'un Ours d'or à Berlin en 1956.
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Omar Sharif dans Goha le simple (1957) de Jacques Baratier (image : www.espacemagh.be)

Après Goha, Jacques Baratier enchaîne sur La poupée (1962), film d'anticipation sur fond de dictature sud-américaine interprété par l'acteur polonais Zbigniew Cybulski (1927-1967), rendu internationalement célèbre (si, si...) par ses prestations dans les premiers films de son compatriote Andrzej Wajda (Une fille a parlé, 1955 ; Cendres et diamants, 1958 ; Les innocents charmeurs, 1960).
A l'actif également de Baratier, le fameux Dragées au poivre (1963) où un dénommé Gérard et sa copine (Guy Bedos et Sophie Daumier) décident de réaliser un film dans le style du "cinéma-vérité". Sur un scénario cosigné avec Bedos, Baratier y épingle un certain snobisme et notamment celui lié à la Nouvelle vague (avec, notamment, une parodie de Vivre sa vie de Godard avec interview "à chaud" d'une prostituée, en l'occurrence Simone Signoret). Il faut dire qu'à l'époque Les Cahiers du cinéma considéraient Baratier avec un certain dédain...
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Casting 4 étoiles pour Dragées au poivre (1963), le plus gros succès de Jacques Baratier (image : www.allocine.fr)

Plus tard, Jacques Baratier signera encore La ville-bidon (1975), qui reprend, agrémenté de nouvelles scènes, un film sur les banlieues intitulé La décharge, tourné en 1970 pour la télévision mais refusé pour cause de "noirceur pessimiste". A l'affiche : Bernadette Lafont et Daniel Duval.
Le cinéaste n'a par la suite livré que deux films pour le cinéma. L'araignée de satin (1986), sur un scénario de Catherine Breillat, est une vague histoire de domination dans un pensionnat de jeunes filles ("Super ! Envoie-moi les références ?" Qui vient de tweeter ça ?) avec Ingrid Caven.
Rien, voilà l'ordre (2003) est le portrait d'une actrice dépressive avec Amira Casar et James Thierrée, l'un des petits-fils de Charlie Chaplin. Jacques Baratier laisse un film inachevé (Le beau désordre), une ultime variation sur un documentaire (Désordre) où l'on retrouve "toute la faune qui fréquentait Saint-Germain-des-Prés en 1948 : Juliette Gréco, Sartre, Simone de Beauvoir, Cocteau, Audiberti, Gabriel Pomerand, Roger Pierre, sur une musique de Claude Luter" (Diane Baratier, fille du réalisateur, dans le n°600 de Positif).
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L'affiche du dernier film réalisé par Jacques Baratier

Vous intéressez-vous à la chose ? l'histoire : Durant les vacances scolaires, des adolescents âgés de seize à dix-huit ans passent quelques jours de vacances dans la maison de campagne familiale. Autour d'eux, une grand-mère aux idées modernistes (Renée Saint-Cyr, star française des années 40 et mère dans la vraie vie du cinéaste Georges Lautner) et une tante fort avenante qui ne va pas hésiter à mettre la main à la pâte pour initier les deux garçons aux joies de l'amour physique. Sympa, la tantine !
A noter que la villa où sont censées se passer ces vacances olé-olé est située dans la banlieue parisienne, au moment où celle-ci se hérisse de barres sinistres... Selon un spécialiste de Jacques Baratier, "la vision nostalgique qu'offre le cinéaste sur ces ultimes retrouvailles en famille, dans une villa de plus en plus encerclée par des tours et des HLM, fait écho au sentiment de résignation inspiré par le bouleversement du paysage urbain en pleine métamorphose". J'sais pas, vous, mais, moi, des phrases comme ça, ça me donne chaud...
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Nathalie Delon (image : www.xpautographes.com)

Dans Vous intéressez-vous à la chose ? la tata, somme toute assez sympa, est interprétée par Nathalie Delon. "C'est plus à sa beauté et à son mariage avec Alain Delon en 1964 qu'à son réel talent d'actrice qu'elle doit d'avoir fait une carrière cinématographique honorable", écrit Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma. Commentaire charmant...
Né au Maroc en 1941, Francine Canovas, son vrai nom, démarre sa carrière sur grand écran en 1967 dans Le samouraï de Jean-Pierre Melville, film avec son Alain de mari en vedette et où elle s'avère excellente. Un an plus tard, les deux tourtereaux, heureux parents d'un petit Anthony né en 1964, divorcent, Delon ayant croisé le regard de Mireille Darc sur le tournage de Jeff (Herman, 1968) (voir Si elle dit oui, je ne dis pas non). Nathalie Delon conservera néanmoins le nom de son ex-mari et poursuivra une carrière d'actrice plutôt correcte bien que peu marquée par des chefs-d’œuvre.
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Nathalie et Alain Delon dans Le samouraï (Melville, 1967) (image : www.theredlist.com)

Elle côtoie Alain Delon (à nouveau) dans Doucement les basses (Deray, 1971), Franco Nero dans Le moine (Kyrou, 1972), adaptation du roman gothique écrit par Matthew Lewis à la fin du XVIIIe siècle (bien avant la version de Dominik Moll avec Vincent Cassel donc), et Brigitte Bardot dans La vie très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise (Companeez, 1973).
A l'étranger, l'actrice joue également sous les directions d'Edward Dmytryk (Barbe-Bleue, 1973, avec Richard Burton et Raquel Welch) et de Joseph Losey (Une Anglaise romantique, 1975, avec Glenda Jackson et Michael Caine). Nathalie Delon s'intègre parfaitement dans l'univers de Claude Berri dans Sex-shop (1972) et dans celui de Roger Vadim dans Une femme fidèle (1976) où elle partage l'affiche avec Sylvia Kristel (une référence !).
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Nathalie Delon et Jean-Pierre Marielle dans Sex-Shop (Berri, 1972)

A la fin des années 70, Nathalie Delon se lance dans la réalisation. On lui doit Ils appellent ça un accident (1982), dont l'action tourne autour d'une erreur médicale, et Sweet Lies (1988) - inédit en France à notre connaissance. Puis, pendant une vingtaine d'années, l'actrice et la réalisatrice s'inscrivent aux abonnées absentes.
On la retrouve seulement en 2006 sur les plateaux TV où elle parle de son autobiographie intitulée "Pleure pas, c'est pas grave" (Flammarion). Nathalie Delon y raconte sa vie, son mariage avec Delon, ses rencontres (elle a notamment vécu avec l'acteur Marc Porel et Chris Blackwell, le patron du label Island), ses gros problèmes avec la drogue... Depuis on l'a revue au cinéma dans Nuit de chien (2008) du cinéaste Werner Schroeter, aux côtés d'Amira Casar, Elsa Zylberstein, Pascal Greggory, Sami Frey et Bulle Ogier, puis dans Mensch (2009) de Steve Suissa, film où Anthony Delon tient l'un des rôles principaux.

Publié dans Titres rigolos

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