Le Film du jour n°153 : Alexandra, aime ma femme et aimez-moi !

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°153 : Alexandra, aime ma femme et aimez-moi !
Titre original : Addio Alexandra
Un film italien d'Enzo BATTAGLIA (1969) avec Anna Maria Pierangeli, Glenn Saxson, Filippo Perego, Colette Descombes, Anna Perego, Margherita Simoni...
Le titre français du Film du jour peut paraître abscons au premier abord, mais il n'en est rien ! C'est à la fois très simple et très subtil, car ce long métrage de 1970, complètement oublié (sans doute à raison), conte une sombre affaire de triolisme. Il faut donc replacer le titre français dans la bouche du mari, interprété ici par le beau blond d'origine néerlandaise Glenn Saxson. Un acteur qui avait endossé un an plus tôt le masque et la combinaison de squelette de Kriminal, un héros de BD italienne (fumetti) porté à l'écran par Umberto Lenzi dans le film éponyme.
Le Film du jour n°153 : Alexandra, aime ma femme et aimez-moi !

Glenn Saxson (si, si...) dans Kriminal (Lenzi, 1969) (image : www.toutlecine.com)

S'adressant donc à Alexandra, l'amie du couple, le mari demande tout bonnement que celle-ci aime son épouse et que les deux femmes lui rendent simultanément la vie belle. Clair comme de l'eau de roche, qu'on vous dit ! L'affiche originale est parfaitement explicite la-dessus...
Alexandra, aime ma femme et aimez-moi ! l'histoire : tout le scénario est contenu dans le titre. Le couple formé par Stefano et Elisabetta part à vau-l'eau. Ils s'envolent pour Amsterdam afin de retrouver leur amie Alexandra. Mais celle-ci tombe amoureuse de Stefano. Comme nous sommes entre personnes civilisées, le tout finit en ménage à trois...
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Anna Maria Pierangeli à l'époque d'Addio Alexandra, deux ans avant sa disparition

Alexandra, aime ma femme et aimez moi ! est l'un des tout derniers films tournés par Anna Maria Pierangeli, décédée en 1971 à l'âge de 39 ans suite à une absorption massive de barbituriques. Triste destin pour cette actrice italienne dont la carrière hollywoodienne, partie sur les chapeaux de roue, tourna court à la fin des années 50 et dont la vie, marquée par une aventure sans lendemain avec James Dean, fut une suite de désillusions.
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Anna Maria Pierangeli

Née en 1932 en Sardaigne et dotée d'un physique gracieux et fragile (on lui donnait le surnom de la Madone...), Anna Maria Pierangeli est découverte par le réalisateur d'origine ukrainienne Léonide Moguy. Dans Demain, il sera trop tard (1949), il lui confie le rôle d'une adolescente qui s'éveille à la sexualité (très en avance sur son époque, le Léonide...). Pour ce film, Anna Maria Pierangeli décroche en 1950 un prix d'interprétation attribué par les journalistes italiens. Sa carrière est lancée ! Après un autre long métrage devant la caméra de Moguy (Demain est un autre jour, 1951), long métrage moralisateur consacré au suicide chez les jeunes, elle est sommée de rallier Hollywood. La capitale du cinéma est, à l'époque, très friande de beautés transalpines.
Chaperonnée par sa mère et rebaptisée Pier Angeli (Anna Maria Pierangeli, c'était trop compliqué pour les Américains...), elle s'affirme dès son arrivée chez les Ricains dans Teresa (1951) de Fred Zinnemann. Son rôle - une jeune Italienne dont tombe amoureux un soldat américain pendant la guerre - lui vaut le Golden Globe de la révélation féminine. Très vite, tout s'enchaîne. Pier Angeli côtoie des acteurs célèbres comme Stewart Granger dans Miracle à Tunis (Brooks, 1951) ou Kirk Douglas dans Histoire de trois amours (Minnelli & Reinhardt, 1952). Kirk Douglas, tombé sous le charme de la jeune femme, lui fait une cour empressée mais le pauvre homme est rejeté dans les cordes par une Maman Pierangeli soucieuse du statut moral de sa fille.
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Kirk Douglas et Pier Angeli (image : www.allocine.fr)

Pier Angeli n'arrive malheureusement pas à confirmer son statut d'espoir du cinéma. Seul Marqué par la haine (Wise, 1956), remarquable long métrage sur l'univers de la boxe, lui permet d'affirmer clairement son talent. Son idylle malheureuse avec James Dean a alors plus de retentissement que ses films.
C'est en fait la mère d'Anna Maria qui, une fois de plus, met le holà à cette relation avec un jeune homme rebelle qu'elle juge plus que douteux (non catholique et bisexuel, qui plus est !). Pour clore le débat, elle pousse même sa fille à se marier en 1954 au chanteur italien Vic Damone... Un mariage qui, bien évidemment, finit par un divorce trois ans plus tard avec un enfant à la clé. Signe du destin, c'était James Dean, décédé dans un accident de voiture en 1955, qui devait jouer le rôle principal de Marqué par la haine aux côtés de Pier Angeli (rôle repris par Paul Newman)...
Ce film sera en fait le dernier bon rôle de l'actrice, "cinématographiquement morte avec James Dean" selon l'expression employée par Pierre Achard dans Boulevard des crépuscules, excellent bouquin sur les destins tragiques de stars hollywoodiennes (je ne vous le conseille pas toutefois si vous êtes déjà dépressifs...).
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Pier Angeli et James Dean

Pour couper le cordon avec les États-Unis où elle n'a que de mauvais souvenirs, Anna Maria Pierangeli revient en Europe à la fin des années 50... Elle n'y décroche toutefois que des rôles dans des séries B ou des apparitions décevantes dans des superproductions sans âme : Il était trois flibustiers (Steno, 1961), Sodome et Gomorrhe (Aldrich, 1961), Banco à Bangkok pour OSS 117 (Hunebelle, 1964), Berlin, opération laser (Sala, 1965), La bataille des Ardennes (Annakin, 1966), Des roses rouges pour le Führer (Di Leo, 1968), etc.
Elle enchaîne les mauvais films pour nourrir sa famille, d'autant qu'un deuxième enfant est arrivé lors d'un second mariage en 1962 avec le compositeur de musique de films italien Armando Trovajoli, mariage qui se solde à nouveau par un divorce. On lui prête aussi des flirts avec des têtes couronnées comme Juan Carlos ou Umberto de Savoie...
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Anna Maria Pierangeli dans Banco à Bangkok pour OSS117 (Hunebelle, 1964)

La vie de l'actrice part alors à vau-l'eau tandis que sa mère, restée à Hollywood, continue de mener grand train, parfaitement indifférente à la détresse de sa fille. Anna Maria Pierangeli abuse alors, comme d'autres avant et après elle, des euphorisants, des tranquillisants, de l'alcool ; elle est même un temps enfermée dans un hôpital psychiatrique. Sans argent, incapable de se souvenir de ses textes, elle voit toutes les portes se fermer.
C'est chez une amie à Los Angeles qu'elle décède le 10 septembre 1971. "Celle qu'on présentait naguère comme la nouvelle Bergman, avec toujours le même regard bouleversant, désarmant, interrogateur, n'avait pas résisté à sa dix-neuvième dépression et à sa dernière télé, prévue le lendemain de sa mort, qui la voulait, dit-on, fresh and pretty", conclut Pierre Achard.
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Paul Newman et Pier Angeli dans Marqué par la haine (Wise, 1956) (image : www.toulecine.com)

Son corps fut ramené en France où vivait sa sœur jumelle, Marisa Pavan, elle aussi actrice et épouse de l'acteur français Jean-Pierre Aumont. De la fin tragique de sa belle-sœur, ce dernier à écrit dans Dis-moi d'abord que tu m'aimes : "Comme toutes celles qui ont connu une gloire trop soudaine et trop violente, comme toutes celles qui avaient plus de talent que ce qu'on exigeait d'elles, comme toutes celles qui s'enivrent de leurs rêves et se refusent à regarder en face la réalité, elle s'est éteinte à trente-neuf ans, sans que l'on sache exactement pourquoi..." Pour plus de détails sur la vie d'Anna Maria Pierangeli, cliquez ici.
Colette Descombes et Annamaria Pierangeli dans "Alexandra, aime ma femme et aimez-moi" (image : www.lombardiabeniculturali.it)

Colette Descombes et Annamaria Pierangeli dans "Alexandra, aime ma femme et aimez-moi" (image : www.lombardiabeniculturali.it)

Publié dans Titres abscons

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Paolo 05/02/2013 19:18

Quelqun a ce film?