Le Film du jour n°151 : Mardi, ça saignera

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°151 : Mardi, ça saignera
Titre original : Black Tuesday
Un film américain d'Hugo FREGONESE (1954) avec Edward G. Robinson, Peter Graves, Jean Parker...
Bon petit film de série B que ce Mardi, ça saignera (entre nous, ce n'est pas ce que nous vous souhaitons pour mardi prochain, nous tenons à la bonne santé de notre lectorat, nous...). L’œuvre est signée par un réalisateur argentin qui a démarré et terminé sa carrière dans son pays d'origine après un petit tour par Hollywood et diverses excursions en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre et en France. Malgré cet éclectisme qui peut apparaître douteux au premier abord, Hugo Fregonese (1908-1987) a toujours réalisé des films de qualité, même si ses budgets restaient limités.
Le Film du jour n°151 : Mardi, ça saignera

L'un des multiples westerns signés par Hugo Fregonese dans les années 50 (image : www.notrecinema.com)

Après avoir signé quelques films en Argentine, Fregonese est engagé en 1949 par le studio Universal pour lequel il réalise une série de westerns et de thrillers assez enlevés comme L'impasse maudite (1950) avec James Mason, Quand les tambours s'arrêteront (1951) avec Coleen Gray (actrice que l'on reverra dans le peu ragoûtant La femme sangsue d'Edward Dein en 1960), Le signe des renégats (1951) avec Ricardo Montalban et Cyd Charisse, Passage interdit (1952) avec Joseph Cotten et Shelley Winters, Le souffle sauvage (1953) avec Gary Cooper et Barbara Stanwyck (pour les studios Warner) ou ce Mardi, ça saignera pour United Artists.
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Peter Ustinov dans Les forains (1956), film italien de Hugo Fregonese (image : www.ivid.it)

Au milieu des années 50, le film de série B, concurrencé par la télévision, passe de mode au sein des grand studios hollywoodiens. Hugo Fregonese, plutôt que de pointer au Pôle Emploi de l'époque, décide de tenter l'aventure italienne, un pays où la production cinématographique est en pleine explosion. Il y tourne I girovaghi (Les forains) (1956), son meilleur film selon le Dictionnaire du cinéma de Jean Tulard, avec Peter Ustinov en montreur de marionnettes itinérant ruiné par le cinéma.
Hugo Fregonese alterne alors les tournages en Angleterre (Harry Black et le tigre, 1958, avec Stewart Granger), en Italie (Marco Polo, 1962, avec Rory Calhoun), en Allemagne où il signe un western à la sauce Winnetou avec le français Pierre Brice (Les cavaliers rouges, 1964) et un avatar du docteur Mabuse languien (Mission spéciale au deuxième bureau, 1964, film connu aussi sous le nom du Docteur Mabuse et le rayon de la mort, avec Peter van Eyck et la sublime Yvonne Furneaux, voir Le chat miaulera trois fois).
On lui doit aussi le franco-libanais Dernier avion pour Baalbeck (1964) avec la tout aussi sublime Rossana Podesta (voir Elles sont dingues ces nénettes) et un improbable Dracula contre Frankenstein (1968) cosigné par Tulio Demicheli et Eberhard Meischner. Hugo Fregonese comprend alors qu'il est temps de rentrer chez lui. Il réalisera encore quelques films argentins jusqu'en 1975. Il est décédé en 1987.
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Yvonne Furneaux et Peter van Eyck dans Docteur Mabuse et le rayon de la mort (Fregonese, 1964) (image : www.toutelecine.com)

Mardi ça saignera, l'histoire : Au moment où il va être exécuté sur la chaise électrique, le gangster Canelli (Edward G. Robinson) réussit à s'évader grâce à la complicité d'un gardien. Poursuivi par la police avec ses hommes, il prend des otages (ça, c'est pas bien...). Encerclé, il commence à les zigouiller (fumier, va...). Lorsqu'arrive le tour d'un prêtre (péché ultime !), il est abattu par son complice (ouf !) qui est, à son tour, descendu par la police (y a pas de justice, ma pov'dame...).
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Edward G. Robinson (image : www.perhapanauts.com)

Le gros méchant de Mardi, ça saignera est joué par Edward G. Robinson, un acteur immortalisé par ses rôles de gangster immonde fumant de gros cigares dont l'archétype est l'infâme Johnny Rocco de Key Largo (Huston, 1948).
Né en 1893 en Roumanie sous le nom d'Emmanuel Goldenberg, il émigre aux Etats-Unis avec ses parents en 1903. Edward G. Robinson se taille une bonne réputation d'acteur de théâtre avant d'éclater au cinéma en 1930 dans le rôle-titre du Petit César (Mervyn LeRoy), où il excelle en chef de gang patenté et brute impitoyable.
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Edward G. Robinson dans Little Cesar (LeRoy, 1930)

Suite au succès du film, la Warner l'engage pour devenir le gangster numéro un des studios. Les rôles s'enchaînent, mais Edward G. Robinson arrive quand même à varier ses compositions. On lui confie alors des rôles de "héros".
L'acteur interprète ainsi l'inventeur du remède contre la syphilis dans Dr. Ehrlich's Magic Bullet (Dieterle, 1940) et le célèbre baron Von Reuter, créateur de l'agence Reuters, dans Une dépêche Reuter (Dieterle, 1940). Tout en continuant à jouer les méchants à la gueule patibulaire et les ordures à peine humaines (La maison rouge, 1947, Daves, 1947; Key Largo), Edward G. Robinson se glisse également dans la peau de victimes de femmes fatales dans un certain nombre de films noirs. On le voit ainsi affronter la vénéneuse Joan Bennett (voir On va se faire sonner les cloches) dans les deux chefs-d’œuvre de Fritz Lang que sont La femme au portrait (1944) et La rue rouge (1945).
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Joan Bennett vampe Edward G. Robinson dans La femme au portrait (F. Lang, 1944) (image : www.toutlecine.com)

Pendant les années 30 et 40, notre homme est aussi passé devant la caméra des plus grands réalisateurs américains tels Howard Hawks (Le harpon rouge, 1932 ; Ville sans loi, 1935), John Ford (Toute la ville en parle, 1934, où il parodie ses rôles de gangsters patibulaires), Raoul Walsh (L'entraîneuse fatale, 1941), Billy Wilder (Assurance sur la mort, 1945), Orson Welles (Le criminel, 1946) ou Joseph Mankiewicz (La maison des étrangers, 1949).
Mais, au moment du maccarthysme, Edward G. Robinson, à cause de ses sympathies libérales, devient suspect et sa carrière s'en ressent. L'acteur va ainsi se retrouver relégué dans les séries B jusqu'à la fin des années 50.
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Yul Brynner et Edward G. Robinson dans Les dix commandements (DeMille, 1956) (image : www.allocine.fr)

C'est en 1956 qu'il revient sur le devant de la scène en jouant Dathan, un mauvais Juif à la solde des Égyptiens dans Les dix commandements de Cecil B. DeMille. Par la suite, on le remarque encore chez Frank Capra (Un trou dans la tête, 1959), Vincente Minnelli (Quinze jours ailleurs, 1962, où il joue un réalisateur dépassé par les événements), John Ford (Les Cheyennes, 1964) et Norman Jewison (Le Kid de Cincinnati, 1965, où il se confronte à Steve MacQueen lors d'une partie de poker mémorable).
Son dernier rôle, Edward G. Robinson le tient face à Charlton Heston dans Soleil vert (1973), le célèbre film d'anticipation de Richard Fleischer. Déjà très malade sur le tournage du film, il décède le 26 janvier 1973.
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Charlton Heston et Edward G. Robinson dans Soleil vert (Fleischer, 1973) (image : www.allocine.fr)

En 1949, Edward G. Robinson avait remporté le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes pour son rôle dans La maison des étrangers de Joseph Mankiewicz. En 1973, il reçut - à titre posthume hélas - un Oscar pour l'ensemble de sa filmographie... alors qu'il n'avait jamais reçu de nomination pendant cinquante ans de carrière. Y a pas de justice, qu'on vous dit !
Ci-dessous, la bande-annonce de Key Largo (Huston, 1948) avec Lauren Bacall, Humphrey Bogart et Edward G. Robinson :

Publié dans Titres étranges

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