Le Film du jour n°15 : L'aubergine était presque farcie

Publié le par lefilmdujour

Titre original : Zeroka no onna akai wappa

Un film japonais de Yukio NODA (1974) avec Miki Sugimoto, Eiji Go, Tetsuro Tanba...

C'est sous ce titre parfaitement débile qu'est sorti discrètement en France ce long métrage japonais particulièrement représentatif d'un certain courant cinématographique nippon des années soixante-dix. Les menottes rouges, titre sous lequel est connu aujourd'hui L'aubergine était presque farcie, est l'un des (très) nombreux de films de série B à connotation érotique où le personnage principal revêt les traits d'une bad girl hyperviolente n'hésitant jamais à dévoiler ses charmes, ne craignant ni la police, ni les bandes de yakuzas, et sachant faire preuve de cruauté, toujours à bon escient... ou presque. Traditionnelles dans la littérature et les mangas japonais, les scènes de torture plus ou moins sadiques et toujours très stylisées s'y enchaînent allègrement pour le plus grand plaisir du spectateur !

Le schéma est récurrent chez les cinéastes japonais spécialistes du genre, voir à cet égard Le couvent de la bête sacrée (1974) de Norifumi Suzuki où le personnage principal, déguisé en nonne afin de retrouver l'assassin de sa mère au sein d'un couvent, se fait lacérer le dos et la poitrine à coup de bouquets de roses !

Meiko Kaji, héroïne de La femme-scorpion (Ito, 1972)

Inspiré d'un manga de Toru Shinohara, La femme-scorpion de Shunya Ito (1972) - avec la troublante et magnifique Meiko Kaji - est l'archétype de ce genre cinématographique et donnera naissance à une saga de six films. Dans Les menottes rouges, film adapté d'un manga du même Toru Shinohara, la sensuelle et boudeuse Miki Sugimoto remplace au pied levé Meiko Kaji. Même si l'héroïne est souvent séquestrée, molestée, ligotée et fouettée à maintes reprises, la plupart de ces films sont tout sauf honteusement misogynes. Généralement, nos bad girls, fortes de leurs atouts physiques et intellectuels, sortent victorieuses de leurs aventures, après avoir réduit à néant des hordes de mâles bas du front et obéissant essentiellement à leurs pulsions sexuelles...

Yumi Takigawa soumise à rude épreuve dans Le couvent de la bête sacrée (N. Suzuki, 1974)

L'aubergine était presque farcie, l'histoire : Spécialisée dans l'arrestation de criminels sexuels, une femme flic (d'où "l'aubergine" du titre, on suppose...) enquête sur le rapt de la fille du futur Premier ministre du Japon. Armée d'un pistolet et de menottes rouges, la belle fonctionnaire s'attaque à un redoutable gang de violeurs anarchistes. Signalons que le film est sorti en DVD chez HK Vidéo il y a quelques années côte à côte avec La femme-scorpion dans un coffret intitulé "Femmes fatales : sexe et cruauté au Japon". Un cocktail particulièrement détonant... sauf pour les âmes sensibles !

Miki Sugimoto

Considérée par les spécialistes comme le sosie japonais (!) de Brigitte Bardot (sans doute à cause de la moue boudeuse qu'elle arbore en permanence, puisque la jeune femme est aussi brune que BB est blonde...), Miki Sugimoto, née en 1953, est régulièrement effeuillée, la pauvrette, dans les films qu'elle interprète (à l'instar de sa réplique française, me direz-vous...). HK Vidéo la qualifie néanmoins "d'égérie culte du bondage nippon". Adeptes de la cordelette et du bâillon, à vos lecteurs DVD !

Miki Sugimoto dans Les menottes rouges. a.k.a. L'aubergine était presque farcie (image : www.tf1.fr)

Le rôle que Miki Sugimoto interprète dans Les menottes rouges peut être considéré comme le plus marquant de sa courte carrière cinématographique qui s'étend de 1971 à 1977. Détail particulièrement émoustillant : la belle y mène son enquête en déambulant dans le plus simple appareil pendant les trois quarts du film. Le reste du temps, pour ne pas dépareiller avec les menottes qui l'accompagnent partout, elle est vêtue d'une veste, d'un pantalon ou d'un manteau écarlate.

On notera que Miki Sugimoto a joué dans une dizaine de films sous la houlette de Norifumi Suzuki, le réalisateur du Couvent de la bête sacrée. Essentiellement dans des fresques historico-érotiques et des bandes consacrées à "une reine des voyous" comme Caresses sous un kimono (1972) ou Le pensionnat des jeunes filles perverses (1973), film considéré, selon Wikipedia, comme le premier film doté d'une scène omorashi (version nippone de l’urophilie) à bénéficier d’une large audience.

L'actrice quitta le cinéma en 1978 pour se marier, se consacrer à sa famille et enseigner dans une école d'infirmières. Les cinéphiles déviants ne peuvent que le regretter...

Publié dans Titres débiles

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