Le Film du jour n°148 : Le retour du gladiateur le plus fort du monde

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°148 : Le retour du gladiateur le plus fort du monde
Titre original : Il ritorno del gladiatore piu forte del mondo
Un film italien d'Adalberto ALBERTINI (alias Al ALBERT) (1971) avec Brad Harris, Massimo Serato, Raf Baldassarre, Michel Lemoine, Maria Pia Conte...
Titre nullissime pour film nullissime... Malgré un acteur hypercostaud (Brad Harris) qui fait à peu près bien son job (rouler des pectoraux en faisant croire qu'il déclame du Virgile), Le retour du gladiateur le plus fort du monde souffre de deux handicaps majeurs. Réalisé en 1971, le film est arrivé sur les écrans alors que la vague du péplum s'était depuis longtemps retirée des rivages cinématographiques. Le péplum transalpin avait en effet connu ses meilleurs moments entre 1957 et 1965 (voir Goldocrack à la conquête de l'Atlantide).
Le Film du jour n°148 : Le retour du gladiateur le plus fort du monde

Apparemment, y a du muscle... (image : www.ivid.it)

Par ailleurs, son réalisateur, Adalberto Albertini, plus connu sous le joli nom de Bitto Albertini (1924-1999), est plutôt du genre tâcheron... Multipliant les pseudonymes (Al Albert, Stanley Mitchell, Ben Norman, Albert Thomas, Albert J. Walkner), notre homme, ancien chef-opérateur, a signé des titres qui fleurent bon le nanar comme Supercoup de 7 milliards (1966), Les trois fantastiques supermen à Tokyo (1967) et Les trois supermen du kung-fu (1973).
On lui doit aussi le succulent Ton diable dans mon enfer (1972), un joyau du "décamérotique" (voir aussi V'là que les nonnes dansent le tango), ainsi que Black Emanuelle (1975), le premier Emanuelle (avec un seul M s'il vous plaît) interprété par l'indonésienne Laura Gemser. Le cinéphile avisé notera que ce dernier film, excusez du peu, compte trois acteurs en commun avec La folie des grandeurs (Oury, 1971) : Karin Schubert (vue en reine d'Espagne chez Gérard Oury), Venantino Venantini et Gabriele Tinti (qui épousera d'ailleurs Laura Gemser en 1976).
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C'est dans un film de Bitto Albertini (Albert Thomas, c'est lui) qu'apparut pour la première fois l'Emanuelle noire sur grand écran. Ce n'est pas rien... (image : www.onesheetindex.com)

Après l'érotisme black, Bitto Albertini fera une tentative dans l'érotisme asiatique avec L'éveil des sens d'Emy Wong (1976), film connu également sous le titre nettement moins poétique de Frissons asiatiques. Au générique, on y repère la hongroise Ilona Staller qui se fera mondialement connaître quelques années plus tard sous le surnom de la Cicciolina. Quel dénicheur de talent, ce Bitto !
Le retour du gladiateur le plus fort du monde, l'histoire : Nous sommes en 310 avant Jésus-Christ. Tullius Valerius, proconsul de Rome, suspecte le gouverneur de province Gaius Appius Quintillianus d'avoir pactisé en secret avec les vilains barbares germains. Pour enquêter discrètement, il nomme au poste de vice-proconsul un dénommé Marcus (Brad Harris), un ancien gladiateur devenu soldat. Sur place, notre homme retrouve Lycia, sa chérie, la fille d'un dénommé Manlius. Gaius, à qui on ne la fait pas et qui a eu vent de l'arrivée de Marcus, fait tuer Manlius et accuse le héros de ce triste méfait. Lycia, dont le sang n'a fait qu'un tour à cette nouvelle, crache sa haine au visage de Marcus, avant que celui-ci ne soit condamné à être écartelé, les membres ficelés à quatre pur-sang. Mais c'est qu'il est costaud le bougre, il résiste... Et c'est à ce moment là que les renforts arrivent ! Tout se termine donc bien et Lycia peut enfin se blottir dans les bras musclés de Marcus. Qu'est-ce qu'elle en a de la chance !
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Brad Harris (image : www.davedraper.com)

Héros du Retour du gladiateur le plus fort du monde, l'américain Brad Harris, de son vrai nom Bradford Harris, est né en 1933. Après l'université, son physique avantageux lui permet de trouver un emploi de cascadeur à Hollywood. Quand la bête hurle (de Toth, 1957) est le premier film où il est crédité.
En 1960, il endosse (déjà) l'uniforme de gladiateur dans le Spartacus de Stanley Kubrick. Repéré pour sa carrure athlétique, il enchaîne alors les rôles de musclé de service dans plusieurs péplums, très en vogue en Italie, là où justement a été tourné Spartacus. Brad Harris est Samson dans Samson contre Hercule (Parolini, 1961), Goliath dans Goliath contre les géants (Malatesta, 1961), Hercule dans Hercule se déchaîne (Parolini, 1962).
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Brigitte Corey et Brad Harris à l'affiche de Hercule se déchaîne (Parolini, 1962) (image : www.ivid.it)

Mais Brad Harris a l'intelligence (eh oui, madame, on peut avoir du muscle et un cerveau) de ne pas se laisser enfermer dans le même genre de rôle. Il se lance alors outre-Rhin dans des bandes policières et des films d'espionnage, grandes spécialités du cinéma bis teuton. Parmi une filmographie pléthorique, citons Espionnage à Hong-Kong et La panthère noire de Ratana, deux longs métrages de Jürgen Roland réalisés en 1962, Les diamants du Mékong (Parolini alias Frank Kramer, 1963), Le mystère de la jonque rouge (Ashley & Stegani, 1964), FBI contre l’œillet chinois (Zehetgruber, 1964), 001 destination Jamaïque (Ernst von Theumer alias Richard Jackson, 1965), etc. On l'aura compris, l'exotisme est de rigueur.
Mais c'est la série des Commissaire X où Brad Harris seconde Tony Kendall dans un duo de policiers qui lui assure le succès. Le voilà donc dans Commissaire X traque les chiens verts (Parolini & Zehetgruber, 1965), Commissaire X dans les griffes du dragon d'or (Kramer, 1966), Commissaire X : halte au LSD (Zehetgruber, 1967), Commissaire X et les trois serpents d'or (Mauri, 1968), etc.
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Brad Harris et Tony Kendall dans la série des Commissaire X (image : www.cinema.de)

Au détour des années 70, la carrière de Brad Harris, qui garde pourtant des abdos de roc et des biceps d'acier, marque le pas et les films où il apparaît commencent nettement à manquer d'éclat, entre westerns-spaghettis miteux (Wanted Sabata, 1970, de Roberto Mauri, Durango encaisse ou tue, 1970, de Roberto Bianchi-Montero), films de guerre poussifs (Quand explose la dernière grenade, 1970, de Luigi Batzella, alias Paolo Solvay), films de jungle exsangues (Eva, la vierge sauvage, 1968, de Roberto Mauri, alias Robert Morris, Zambo, 1971, d'Adalberto Albertini) ou péplums à bout de souffle comme Le retour du gladiateur le plus fort du monde...
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Brad Harris et Esmeralda Barros dans Eva, la vierge sauvage (Mauri, 1968)

Brad Harris comprend alors qu'il est temps de raccrocher les haltères et notre homme ralentit ses apparitions cinématographiques. On le verra encore dans Lady Dracula (F.J. Gottlieb, 1975), La cible étoilée (Hough, 1978, avec en vedette Sophia Loren et John Cassavetes) et, en 1980, dans un film avec Bruce Le, succédané de Bruce Lee. Retour enfin en 1983 au péplum avec Hercule de Luigi Cozzi. Il y interprète le roi Augias, le rôle-titre étant dévolu au bodybuildé Lou Ferrigno (Hulk à la télévision). Si vous avez été attentifs, vous avez pu également entrapercevoir Brad Harris dans des séries TV célèbres comme "Hulk", "Dallas" et "Falcon Crest".
Sachez également qu'en 2001, lors d'un championnat de bodybuilding, Brad Harris s'est vu décerner un prix spécial pour sa contribution à la cause du muscle, tout comme d'autres acteurs puissamment bâtis comme Mark Forest, Ed Fury, Mickey Hargitay (voir Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle et la rubrique Pépée du jour consacrée à Jayne Mansfield), Richard Harrison, Reg Lewis, Peter Lupus et Gordon Mitchell (voir Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le).
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Brad Harris et Olinka Berova dans Les nuits érotiques de Poppée (Malatesta, 1969)

Brad Harris a été marié à l'actrice tchèque Olinka Berova, plus connue sous le nom d'Olly Schoberova (comment ça, ça ne vous dit rien ?). Les deux tourtereaux ont notamment joué ensemble dans FBI contre l’œillet chinois, Les chercheurs d'or de l'Arkansas (Martin/Gottlieb/Cardone, 1964), Commissaire X : halte au LSD, Les nuits érotiques de Poppée (Malatesta, 1969) et Dans l'enfer de Monza (Malatesta, 1970). Le cinéphile avisé aura également repéré Olinka Berova aux côtés d'Anthony Quinn et de Virna Lisi dans un film un peu plus reluisant: La vingt-cinquième heure (Verneuil, 1967).

Publié dans Titres débiles

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