Le Film du jour n°144 : On va se faire sonner les cloches

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°144 : On va se faire sonner les cloches
Titre original : For Heaven's Sake
Un film américain de George SEATON (1950) avec Clifton Webb, Joan Bennett, Robert Cummings, Edmund Gwenn, Joan Blondell...
On va se faire sonner les cloches n'est pas le film le plus célèbre du réalisateur américain George Seaton (1911-1979). L'homme, en fait, est surtout connu pour avoir apporté à Grace Kelly un Oscar sur un plateau avec Une fille de la province (1954). Grâce à ce mélo de la plus belle eau, la future Madame Rainier de Monaco, engoncée dans un rôle à contre-emploi de femme à lunettes au physique revêche et au tempérament aigri, rafla en effet la statuette à Judy Garland, partie pourtant archifavorite avec Une étoile est née. Dans Une fille de la province, Grace Kelly porte sur ses frêles épaules tout le poids d'un mari acteur (Bing Crosby) torturé par la peur de l'échec et un sentiment de culpabilité dû à la mort accidentelle de son fils (bonjour le pathos...).
Le Film du jour n°144 : On va se faire sonner les cloches

Grace Kelly sur le tournage d'Une fille de la province (Seaton, 1954) avec Bing Crosby (à droite (image : www.toutlecine.com)

C'est aussi George Seaton qui commit Airport (1970), l'un des tout premiers films-catastrophes bâtis autour d'un avion en péril, avion dans lequel est embarqué (de leur plein gré, on l'espère) un tombereau de stars vieillissantes. Pour ce premier volet, c'est Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg et Van Heflin qui s'y collent. Dans Airport, seule Jacqueline Bisset (25 ans à l'époque) n'a pas besoin d'un déambulateur pour entrer dans le champ de la caméra (non, j'exagère, Jean Seberg n'avait que 32 ans lors du tournage... mais ses meilleurs rôles étaient déjà loin derrière elle).
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Jean Seberg et Burt Lancaster, amants dans Airport (Seaton, 1970) (image : www.allocine.fr)

George Seaton signa aussi quelques comédies musicales avec Betty Grable, l'une des premières pin-up (Broadway en folie, 1945, notamment). Sa filmographie compte également le célèbre Miracle sur la 34e rue (1947) avec un Père Noël de grand magasin (Edmund Gwenn) prenant son rôle très au sérieux, un Fred Astaire sur le retour (Mon séducteur de père, 1961) ainsi que divers films de guerre et d'espionnage comme La ville écartelée (1950), long métrage à la gloire du pont aérien de Berlin pendant la guerre froide, Un magnifique salaud (1956) avec William Holden et Deborah Kerr, Trahison sur commande (1961) avec un espion (William Holden) plongé en pleine Allemagne nazie, Un homme doit mourir (1963), sur le cas de conscience de soldats américains qui doivent tuer un prisonnier pendant la guerre de Corée, ou Trente-six heures avant le débarquement (1964) avec James Garner, Eva Marie-Saint et Rod Taylor.
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William Holden et Lilli Palmer plongés en pleine Allemagne nazie dans Trahison sur commande (Seaton, 1961) (image : www.notrecinema.com)

On va se faire sonner les cloches, l'histoire : Item est une petite fille de sept ans qui n'en peut plus de patienter pour s'incarner sur terre dans un être humain. Ses futurs parents Lydia et Jeff Bolton (Joan Bennett et Robert Cummings), respectivement actrice et metteur en scène de pièces de théâtre, sont en effet bien trop accaparés par leurs métiers pour penser à procréer. Un ange dénommé Charles (Clifton Webb) prend la décision de donner un coup de pouce à la petiote.
Déguisé en riche Texan, il descend sur terre pour forcer la main au destin... Ça tombe bien, Jeff le prend pour un producteur ("angel" dans le langage argotique du théâtre... On est prié de rire...). Mais voilà que Charles succombe aux charmes de la vie terrestre, au grand désarroi de son meilleur poteau au paradis, Arthur (Edmund Gwenn). Évidemment, tout finira bien. Quand Lydia se met à avoir des envies brutales de cacahouètes alors qu'elle ne supportait même pas leur odeur, le spectateur, fine mouche, a compris : il n'y a pas anguille sous roche... mais polichinelle dans le tiroir !
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Joan Bennett, vénéneuse à souhait (image : www.allocine.fr)

C'est l'américaine Joan Bennett (1910-1990) qui interprète Lydia Bolton dans On va se faire sonner les cloches. Issue d'une célèbre famille d'acteurs (Richard Bennett, son père, était acteur de théâtre et Constance Bennett, sa sœur, connut son heure de gloire à Hollywood dans les années 20 et 30), elle débute en 1929 et enquille les films pendant une dizaine d'années... sans sourciller et sans vraiment crever l'écran. Tout juste remarque-t-on son physique raffiné et son sens de la réplique face à Spencer Tracy dans Me and my gal (1932) de Raoul Walsh.
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L'une des premières apparitions de Joan Bennett sur grand écran, face à Spencer Tracy, en 1932

Joan Bennett interprète aussi Amy, l'une des Quatre filles du docteur Marsh, dans la version cinématographique 1933 de l'inusable roman de Louisa May Alcott, réalisée par George Cukor. Cette voleuse de scènes qu'est Katharine Hepburn n'a toutefois aucun mal à l'éclipser. A noter que c'est Elizabeth Taylor qui reprendra le rôle d'Amy Marsh dans la version 1948 des Quatre filles du docteur Marsh, mise en boîte par Mervyn LeRoy. Et c'est Joan Bennett qui joue la mère d’Elizabeth Taylor dans Le père de la mariée (Minnelli, 1950) et dans Allons donc, Papa (Minnelli, 1951). Génial, non ? Bon, OK, je n'insiste pas...
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Joan Bennett et Edward G. Robinson dans La femme au portrait (1944) de Fritz Lang (image : www.toutlecine.com)

Ce n'est qu'en 1939 que Joan Bennett se révèle vraiment avec un rôle dramatique dans La femme aux cigarettes blondes, solide film policier de Tay Garnett. En 1940, son mariage avec le producteur Walter Wanger (le troisième pour l'actrice) donne une nouvelle impulsion à sa carrière. Elle tape dans le seul œil de Fritz Lang et s'impose alors dans quatre films du grand metteur en scène allemand, dont deux chefs-d’œuvre du film noir, La femme au portrait (1944) et La rue rouge (1945), ce dernier étant un remake de La chienne (1931) de Jean Renoir. Dans ces deux films, Joan Bennett y déploie une féminité troublante et vénéneuse face à Edward G. Robinson.
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Spencer Tracy et Joan Bennett, parents d’Elizabeth Taylor dans Le père de la mariée (Minnelli, 1950)

Pour Fritz Lang, l'actrice jouera aussi dans Chasse à l'homme (1941) et dans Le secret derrière la porte (1948). Et Jean Renoir, séduit par la créature, en fait la vedette de La femme sur la plage (1948).
Dans les années qui suivent, atteinte par la maturité (ce qui ne pardonne pas lorsqu'on est actrice à Hollywood...), Joan Bennett se reconvertit dans les rôles de mères de famille chez Max Ophüls (Les désemparés, 1949) et chez Vincente Minnelli (les deux films cités plus haut avec Elizabeth Taylor). En 1956, après un dernier rôle tragique pour Douglas Sirk (Demain est un autre jour), elle disparaît du grand écran pour se consacrer à la télévision et au théâtre.
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Joan Bennett (au centre) dans Suspiria (1976) de Dario Argento (à gauche sur la photo, Alida Valli)

Joan Bennett fera toutefois un retour inattendu mais remarqué, vingt ans plus tard, dans Suspiria (1976), le film d'épouvante culte de Dario Argento. Quasiment momifiée et proprement inquiétante, elle y joue, aux côtés d'une Alida Valli enlaidie et masculinisée, le rôle de la troublante directrice de l'école de danse où la pauvre Jessica Harper connaîtra bien des effrois...
En 1985, Joan Bennett faillit encore se retrouver au générique du célèbre Cocoon de Ron Howard et partager l'affiche avec d'autres anciennes gloires de Hollywood quasi grabataires (Don Ameche, Hume Cronyn, Jessica Tandy). Mais son quatrième mari le lui interdit. "Tu ne vas quand même pas t'abaisser à tourner sous les ordres du rouquin Ritchie de la série Happy Days !" lui aurait-il susurré... Ah, ces hommes !

Publié dans Titres rigolos

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