Le Film du jour n°128 : Cybèle... ou Comment le dire à ma fille ?

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°128 : Cybèle... ou Comment le dire à ma fille ?
Titre original : Herzblatt oder Wie sag ich's meiner Tochter ?
Un film allemand d'Alfred VOHRER (1969) avec Georg Thomalla, Siegfried Schürenberg, Marscha Gonska, Carola Höhn, Günther Lüders...
Le Film du jour appartient à un genre spécifiquement teuton et particulièrement florissant outre-Rhin à la fin des années 60 et au début des années 70 : le film érotique déguisé en étude sociologique. Un genre scandé par des titres aussi évocateurs que Rapport sur la vie sexuelle de la ménagère (Schröder, 1971), J'ai avorté, Monsieur le procureur (Houwer & Schröder, 1971) ou Les jeux olympiques du sexe (R. Thiele, 1972).
Le Film du jour n°128 : Cybèle... ou Comment le dire à ma fille ?

Une scène typique des films polissons teutons dédiés à la ménagère allemande qui sait toujours joindre l'utile à l'agréable (Hausfrauen Report) (image : www.cinema.de)

Alfred Vohrer (1914-1986) apporta une contribution non négligeable à ce filon cinématographique en signant vers la fin de sa carrière ce Cybèle ou comment le dire à ma fille ? ainsi qu'une Enquête sur le vice (1971) avec, dans ce dernier film (tenez-vous bien...), Horst Tappert, le fameux inspecteur Derrick qui fit vibrer toutes les ménagères de plus de cinquante ans ! Vieux grigou, va ! Avec ses airs de pas y toucher !
Cybèle ou comment le dire à ma fille ? l'histoire : Paul est veuf et sa fille, surnommée Herzblatt (un mot allemand suranné qui signifie quelque chose comme petite chérie et que le distributeur français a traduit astucieusement par Cybèle), grandit à vue d'œil. Mais le papounet ne sait pas comment aborder avec sa fifille les questions ayant trait au sexe. Lorsque les maçons bossant sur l'immeuble d'à-côté commencent à dégringoler des échafaudages à la vue de la gamine de seize ans bronzant nue sur son balcon, Paul comprend qu'il ne peut plus éluder le problème ! Espérant qu'elle saisira rapidement quelles sont les différences entre garçons et filles, il se met en quête de lui trouver un petit ami...
Le Film du jour n°128 : Cybèle... ou Comment le dire à ma fille ?

Joachim Fuchsberger et Klaus Kinski dans Les mystères de Londres (1961) d'Alfred Vohrer (image : www.cinema.de)

Alfred Vohrer, le réalisateur de Cybèle ou comment le dire à ma fille ?, est surtout connu pour ses films policiers à ambiance mystérieuse, inspirés des romans d'Edgar Wallace. Un genre dont se fit une spécialité la maison de production germano-danoise Rialto entre 1959 et 1972. Avec Harald Reinl, Alfred Vohrer fut l'un des deux metteurs en scène spécialistes de ces "krimis". On lui doit en particulier le chef-d'œuvre du genre, Les mystères de Londres (1961), à l'ambiance nocturne impressionnante. Grâce au directeur de la photographie Karl Löb, celui-là même qui travailla avec Fritz Lang sur Le diabolique docteur Mabuse (1960), le film retrouve les caractéristiques du cinéma expressionniste allemand.
Autres adaptations d'Edgar Wallace, La porte aux sept serrures (1962), Le requin harponne Scotland Yard (1962) et L'énigme du serpent noir (1962) figurent parmi les autres réussites d'Alfred Vohrer. Notre réal du jour est nettement moins brillant dans les "westerns-choucroute", appellation condescendante donnée au cycle des westerns tournés en Allemagne dans les années 60. C'est ainsi Alfred Vohrer qui signa Parmi les vautours (1964) et Tonnerre sur la frontière (1967), deux longs métrages avec l'indien Winnetou en vedette, personnage interprété à l'écran par le breton Pierre Brice (eh oui !) dont la carrière s'est faite essentiellement outre-Rhin.
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Elke Sommer, Stewart Granger et Pierre Brice dans Parmi les vautours (1964) d'Alfred Vohrer (image : www.toutlecine.com)

Alfred Vohrer revint au cinéma d'angoisse avec Le château des chiens hurlants (1967) et un autre bon "Edgar Wallace", La main de l'épouvante (1967), avant de s'attaquer au cinéma érotique à tendance sociologique. Signalons quand même que Klaus Kinski tourna huit fois devant la caméra d'Alfred Vohrer, plus souvent donc qu'avec Werner Herzog ! On voit notamment le célèbre acteur dans Les mystères de Londres, Le requin harponne Scotland Yard, La porte aux sept serrures, L'énigme du serpent noir et La main de l'épouvante.
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Carola Höhn

Les deux actrices principales de Cybèle ou comment le dire à ma fille ? ne sont pas de totales inconnues pour le cinéphile français particulièrement sourcilleux et pointilleux. Dans les années 30, Carola Höhn (1910-2005) fut l'une des stars du célèbre studio allemand UFA. Elle interpréta notamment la femme du Kronprinz Friedrich dans Les deux rois (Steinhoff, 1934) aux côtés d'Emil Jannings (acteur immortalisé quelques années plus tôt par son rôle de professeur déchu dans L'ange bleu, le film qui révéla Marlène Dietrich). Carola Höhn joua aussi l'impératrice Elisabeth d'Autriche (Sissi pour les intimes) dans Königswalzer (Maisch, 1935) (dont la version française fut signée par Jean Grémillon sous le nom de Valse royale).
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Carola Höhn et Rudolf Prack dans Mariés pour rire (1956) de Franz Antel (image : www.cinema.de)

L'actrice tourna également sous la direction de Detlef Sierck (qui deviendra plus tard Douglas Sirk) dans April, April (1935) et Paramatta, bagne de femmes (1937). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Carola Höhn fut par ailleurs la vedette de plusieurs productions italiennes (amitié germano-italienne oblige...) comme Sa vieille maman (Brignone, 1940) et Beatrice Cenci (Brignone, 1941), dont Lucio Fulci tournera une version nettement plus sanglante près de trente ans plus tard (voir La présidente est peu farouche). Après le conflit, la dame se tourna vers le théâtre et, occasionnellement, prêta sa voix pour les versions doublées germaniques des films de Katharine Hepburn, Ava Gardner, Maureen O'Hara ou Danielle Darrieux.
A partir des années cinquante, Carola Höhn, parallèlement à sa carrière théâtrale, reprit quand même le chemin des studios, surtout pour interpréter des rôles secondaires et sans cracher sur des panouilles dans des comédies sociales un peu lestes comme La vie intime d'une fille de trottoir/Les fausses vierges (Rathanyi & von Tyrol, 1966) ou ce Cybèle... En 1981, elle fera encore une courte apparition dans La nuit de l'évasion de Delbert Mann, long métrage qui narre la fuite à l'Ouest d'une famille est-allemande... en montgolfière.
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Mascha Gonska et Georg Thomalla dans Cybèle... ou comment le dire à ma fille ? (image : www.cinema.de)

Quant à Mascha Gonska, qui joue ici Herzblatt, elle est née en 1952 en France et interprète la sœur de Romy Schneider dans Le trio infernal (Girod, 1974). A signaler dans ce film un grand moment de cinéma : on y voit les deux actrices, équipées de masques à gaz, vider à la louche, sous les ordres de Piccoli, une baignoire remplie à ras bord de "liquide" issu de la décomposition à l'acide de deux de leurs victimes ! Comme quoi, les scènes les plus écœurantes ne sont pas forcément dans les films d'horreur !!! On a également aperçu Mascha Gonska à la télé française dans des séries comme Ardéchois, coeur fidèle (1974) et Les chevaux du soleil (1980). Elle a également tourné dans quelques épisodes de Derrick, tout comme Carola Höhn !
Romy Schneider, Mascha Gonska et Michel Piccoli dans "Le trio infernal" (1974) de Francis Girod (image : www.cinema.de)

Romy Schneider, Mascha Gonska et Michel Piccoli dans "Le trio infernal" (1974) de Francis Girod (image : www.cinema.de)

Publié dans Titres abscons

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