Le Film du jour n°122 : Adam est... Eve

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°122 : Adam est... Eve
Un film français de René GAVEAU (1953) avec Micheline Carvel, Jean Carmet, Thérèse Dorny, Jean Tissier, Anouk Ferjac, Mireille Perrey
Qui aurait cru que le cinéma français puisse évoquer la transsexualité dès le début des années 50 ? Certes, Adam est... Eve aborde le sujet sur le ton de l'humour et du quiproquo et ne respire pas vraiment la finesse. Mais quand même... Aujourd'hui, les personnages transsexuels, s'ils ne sont pas vraiment monnaie courante, apparaissent régulièrement sur le grand écran, notamment chez l'espagnol Pedro Almodovar (La loi du désir, 1987 ; Tout sur ma mère, 1999 ; La mauvaise éducation, 2004 ; La piel que habito, 2010).
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Gael Garcia Bernal dans La mauvaise éducation (Almodovar, 2004) (image : www.linternaute.com)

Récemment, deux réalisateurs français ont abordé le sujet au cinéma : Sébastien Lifschitz dans Wild Side (2003), voyage vers le nord de la France d'une prostituée transsexuelle et de ses deux amants, et Bertrand Bonello dans Tiresia (2002), adaptation contemporaine d'un mythe grec à la symbolique freudienne. La transsexualité est aussi évoquée dans Ceux qui m'aiment prendront le train (Chéreau, 1997) à travers le personnage joué par Vincent Perez.
Les Américains ne sont pas en reste. Avec Hedwig and the Angry Inch (2001), James Cameron Mitchell s'intéresse à la destinée d'une vedette de rock transsexuelle imaginaire, tandis que Duncan Tucker offre à Felicity Huffman, l'une des Desperate Housewives, le rôle en or d'un "homme qui veut devenir femme" dans Transamerica (2005). Felicity Huffman fut d'ailleurs nommée à l'Oscar pour son interprétation (mais ce fut Reese Witherspoon qui décrocha la statuette tant convoitée pour son rôle dans Walk the Line de James Mangold).
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Felicity Huffman dans Transamerica (Tucker, 2005) (image : www.toutlecine.com)

Adam est... Ève, l'histoire : Jeune garçon sportif, Charlie Beaumont (Beaumont est sans nul doute une référence à un transsexuel historique, le célèbre Chevalier Beaumont d’Éon) se sent brusquement en proie à d'étranges sensations. Bientôt, sa fiancée, Claire, le laisse complètement indifférent et il se décide à consulter le professeur Corinne qui lui prescrit une psychanalyse. Par crainte de son père, il n'ose cependant rompre ses fiançailles, mais la nuit de noces avec Claire tourne à la catastrophe. Il s'enfuit, retourne chez le professeur Corinne qui l'adresse à un as du bistouri.
Après l'opération, Charlie est devenu Charlotte, une ravissante jeune fille. Son père refuse d'accepter la situation et Charlotte se résout à gagner sa vie comme danseuse nue. Elle trouvera le bonheur dans les bras d'un brave garçon qui, lui-même, était une fille quelques années auparavant... C'est-y-pas mieux comme ça ? On peut supposer que le scénario de ce film s'inspire librement de l'histoire vraie de Coccinelle (1931-2006), fameuse transsexuelle française, qui démarra sa carrière d'artiste au cabaret "Chez Madame Arthur" en 1953...
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Anouk Ferjac

Dans Adam... est Eve, la fiancée - sans doute passablement déçue - de Charlie/Charlotte est interprétée par l'actrice Anouk Ferjac. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais lorsque vous saurez que c'est elle qui joue l'épouse humiliée et bafouée de Jean Yanne dans Que la bête meure (1969) de Claude Chabrol, votre mémoire devrait être rafraîchie... Non ? Eh bien, tant pis pour vous...
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Michel Duchaussoy, Jean Yanne et Anouk Ferjac dans Que la bête meure (Chabrol, 1969)

Née Anne-Marie Levain en 1932, Anouk Ferjac est la fille de Pol Jac, le fameux humoriste-dessinateur du Canard enchaîné. Elle fait d'abord de la danse classique et du théâtre, puis débute à l'écran en 1946 en jouant dans Un revenant, un film de Christian-Jaque qui conte les turpitudes d'une famille lyonnaise et qui réunit Louis Jouvet, Gaby Morlay, François Périer, Louis Seigner et Ludmila Tchérina. En 1947, elle tient le rôle principal de Cité de l'espérance de Jean Stelli, un réalisateur passé à la postérité pour avoir signé pendant l'Occupation Le voile bleu (1942), mélodrame interprété par Gaby Morlay. En gouvernante d'enfants, cette dernière fit couler des flots de larmes à toute une génération.
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Bourvil, Jean Gabin et Anouk Ferjac dans La traversée de Paris (Autant-Lara, 1956)

On voit ensuite Anouk Ferjac coup sur coup dans deux longs métrages d'André Cayatte, réalisateur "dont seuls les avocats pensent qu'il fait du cinéma" (selon Truffaut) : Justice est faite (1951) et Nous sommes tous des assassins (1952). Après la naissance de son fils en 1953, elle ralentit sa carrière et tourne quelques participations par-ci par-là, notamment dans La traversée de Paris (Autant-Lara, 1956) et dans deux films de Jacqueline Audry (Mitsou, 1956, et La garçonne, 1957).
Dans les années 60, Anouk Ferjac se consacre essentiellement au théâtre (avec Roger Planchon en particulier) et à la télévision. On l'aperçoit quand même en bonne sœur dans Le dialogue des carmélites (Agostini/Bruckberger, 1960) aux côtés de Jeanne Moreau, Alida Valli, Madeleine Renaud et Pascale Audret, ainsi que dans deux œuvres d'Alain Resnais, La guerre est finie (1965) avec Yves Montand et Je t'aime, je t'aime (1969) avec Claude Rich et Olga Georges-Picot. Ses rôles sont néanmoins raccourcis au montage... Ce sera également le cas dans deux films où elle côtoie Annie Girardot, Vivre pour vivre (Lelouch, 1967) et Docteur Françoise Gailland (Bertucelli, 1975). Pas de chance !
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Anouk Ferjac et Mireille Darc dans Fleur d'oseille (Lautner, 1967) (image : www.allocine.fr)

Ses rôles dans la comédie de Lautner Fleur d'oseille (1967) et dans le drame de Chabrol Que la bête meure (1969) sont toutefois nettement plus marquants... Anouk Ferjac fait également partie du casting des mystérieuses Hallucinations sadiques (Kormon, 1969) que Jean-Luc Godard et Claude Chabrol auraient particulièrement appréciées...
Dans les années 70, Anouk Ferjac joue encore dans une dizaine de films et, notamment, dans Les grands sentiments font les bons gueuletons (Berny, 1971). Mais, finis les rôles d'ingénue, elle interprète désormais les "mères". C'est le cas dans La michetonneuse (Leroi, 1972), dans Diabolo menthe (Kurys, 1977), où elle est la maman de l'héroïne interprétée par Eléonore Klarwein, ou dans Liberty Belle (Kané, 1982).
Dans les années 90, elle disparaît des écrans de cinéma, mais on continue à la voir à la télévision ou au théâtre. En 1991, elle apparaît fugitivement dans Merci la vie de Bertrand Blier, et en 1997, elle interprète (encore) le rôle d'une mère, celle de Dany Boon dans Le déménagement (Doran).
Anouk Ferjac, rousse, au centre dans "Diabolo menthe" (Kurys, 1977)

Anouk Ferjac, rousse, au centre dans "Diabolo menthe" (Kurys, 1977)

Publié dans Titres étranges

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