Le Film du jour n°117 : L'amour parmi les monstres

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°117 : L'amour parmi les monstres
Titre original : Chained for life
Un film américain de Harry L. FRASER (1951) avec Violet Hilton, Daisy Hilton, Mario Laval, Allen Jenkins, Patricia Wright...
Au cinéma, le mot "monstre" employé dans le titre d'un film fait généralement référence à une créature malfaisante, hideuse, criminelle et parfois croqueuse de bellâtres crétins et de jeunes femmes dénudées, le plus souvent dans des œuvres de science-fiction ou d'horreur.
Quelques exemples parmi bien d'autres : Le monstre de Londres (Walker, 1935), l'un des premiers films traitant de lycanthropie (de loups-garous autrement dit), Le monstre des abîmes (Arnold, 1956), où un monstre préhistorique fait des siennes, Le monstre est vivant (Cohen, 1973), excellent film d'épouvante où une jeune femme accouche d'un bébé aux dents acérées qui égorge le médecin et les infirmières avant de s'enfuir à toutes jambes (!), ou Les monstres de l'espace (R.W. Baker, 1967), troisième volet de la trilogie britannique Quatermass où, comme le titre l'indique, les extraterrestres font office de méchants.
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L'affreux et affamé nouveau-né à l’œuvre dans Le monstre est vivant (1973) de Larry Cohen (image : www.toutlecine.com)

Mais le qualificatif de "monstres" peut aussi s'appliquer à des êtres humains amoraux ou immoraux, comme dans le célèbre film italien à sketches Les monstres (Risi, 1963), où Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi s'en donnent à cœur joie pour interpréter des individus tous plus affreux les uns que les autres. Ce film, qui remporta en son temps un succès phénoménal, fut suivi par plusieurs longs métrages du même acabit comme Une poule, un train et quelques monstres (Risi, 1969) avec, cette fois-ci, Nino Manfredi, Les nouveaux monstres (Scola, Risi, Monicelli, 1977) avec Gassman, Tognazzi et Alberto Sordi, et Les monstresses (Zampa, 1979) où s'activaient pour notre plus grand plaisir Ursula Andress, Laura Antonelli, Sylvia Kristel et Monica Vitti...
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Vittorio Gassman, cardinal particulièrement retors dans l'un des sketches signés Dino Risi dans Les nouveaux monstres (1977) (image : www.toutlecine.com)

Mais dans L'amour chez les monstres nous sommes loin de tout cela. Le terme de "monstres" employé ici fait référence aux "monstres de foire", expression méprisante et méprisable utilisée il y a plusieurs décennies pour qualifier les êtres humains souffrant d'un handicap physique particulièrement impressionnant, à l'instar de John Merrick, le fameux "homme-éléphant" qui inspira David Lynch pour son Elephant Man (1980). Dans L'amour parmi les monstres, les héroïnes sont Daisy et Violet Hilton, sœurs siamoises dans le film et dans la vraie vie... Elles n'ont aucun lien de parenté avec la terrible Paris du même nom...
L'amour parmi les monstres, l'histoire : Une jeune femme dépitée assassine le mari indigne qui a abandonné sa sœur siamoise. La cour de justice n'a aucun doute sur sa culpabilité mais le jury est confronté à un dilemme cornélien. Doit-on envoyer la coupable en prison voire la condamner à mort, et, du coup, punir sa sœur qui, elle, est totalement innocente ? Ce cas d'espèce est soumis à l'appréciation des spectateurs.
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Daisy et Violet Hilton

L'amour parmi les monstres intègre plusieurs éléments de la vraie vie des jumelles Daisy et Violet Hilton, et notamment leur participation à un spectacle de music-hall (en tant que chanteuses), la vaine tentative de l'une des sœurs pour obtenir une licence de mariage, et un mariage monté de toutes pièces comme un coup publicitaire.
Nées en 1908 et décédées en 1969, les sœurs Hilton sont apparues au cinéma dans deux films. Elles furent en effet à l'affiche en 1932 de Freaks, le chef-d’œuvre de Tod Browning. Connu également sous le nom de La monstrueuse parade, Freaks a marqué (et marque encore) tous ceux qui visionnent ce long métrage interprété par de véritables phénomènes du cirque Barnum (lilliputiens, femme à barbe, homme-caoutchouc, homme-tronc, etc.). Le film conte la terrible vengeance d'une troupe de cirque contre l'acrobate Cléopâtre qui a épousé le lilliputien Hans pour son argent et qui cherche à l'empoisonner pour récupérer le pactole. La dernière image, particulièrement choquante, est inoubliable...
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Les sœurs Hilton dans Freaks/La monstrueuse parade (Browning, 1931) (image : www.toutlecine.com)

Freaks fut étonnamment produit par la MGM, un studio pourtant peu enclin à fabriquer des films marginaux. C'est en fait Irving Thalberg, le bras droit de Louis B. Mayer, qui, impressionné par le succès des films d'épouvante de son concurrent Universal (Frankenstein, Dracula, L'homme invisible, etc.) passa commande d'une telle œuvre à Tod Browning, le metteur en scène de Dracula (1931) avec Bela Lugosi. L'objectif était clair : il s'agissait de produire un long métrage "encore plus terrifiant". Le résultat fut si dérangeant que, malgré une amputation qui avait ramené sa durée de 90 à 64 minutes (les scènes coupées ont définitivement été perdues), le film choqua le public et fut rapidement retiré du catalogue MGM. Freaks fit néanmoins l'objet d'un culte de la part des surréalistes français et est désormais considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma fantastique (il est disponible en DVD depuis 2006).
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Une affiche publicitaire du film de Harry L. Fraser avec les sœurs Hilton

Simple film d'exploitation, L'amour parmi les monstres ne se hisse pas, loin s'en faut, à ce niveau. Son réalisateur, Harry L. Fraser (1889-1974), ne peut d'ailleurs être comparé ni de près ni de loin à Tod Browning. C'est en fait, au départ, un spécialiste des westerns de série Z. Particulièrement prolifique, il n'hésitait pas à tourner plusieurs fois le même scénario en y ajoutant à chaque fois quelques variantes. Harry L. Fraser a notamment réalisé Sous le soleil d'Arizona (1934) et Randy le solitaire (1934), deux westerns avec John Wayne à l'époque où ce dernier n'avait pas encore atteint le statut de star que lui conféra La chevauchée fantastique (1939) de John Ford. Selon le Dictionnaire du cinéma de Jean Tulard, L'amour parmi les monstres reste toutefois le meilleur film de Mister Fraser.

Publié dans Titres étranges

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