Le Film du jour n°105 : L'effroyable secret du docteur Hichcock

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°105 : L'effroyable secret du docteur Hichcock
Titre original : L'orribile segreto del Dr. Hichcock
Un film italien de Riccardo FREDA (alias Robert HAMPTON) (1962) avec Barbara Steele, Robert Flemyng, Harriet White, Montgomery Glenn...
"C'est pas vrai qu'il nous refait le coup du Docteur Hitchcock du Film du jour n°19 ! ", doivent déjà hurler certains d'entre vous, encore sous le choc des inénarrables Insatisfaites poupées érotiques du Docteur Hitchcock (Di Leo, 1971). Mais non, rassurez-vous, bonnes gens... D'ailleurs, le lecteur averti se sera tout de suite aperçu qu'ici il manque un T dans Hichcock ! Alors qu'il n'y a pas plus de Hitchcock (avec un T) dans Les insatisfaites poupées érotiques... que d'émissions intellectuelles sur TF1, nous avons bien affaire à un praticien nommé Hichcock dans le film qui nous intéresse aujourd'hui. Un toubib nécrophile, qui plus est ! Un sujet rarement abordé au cinéma, surtout au début des années 60, où l'adultère était encore mal vu. Alors, la nécrophilie, vous pensez...
L'effroyable secret du docteur Hichcock, l'histoire : Un médecin nécrophile injecte une drogue à sa femme pour lui donner l'apparence de la mort (vicieux, le mec !). Quelques années plus tard, sa nouvelle épouse, jouée par la sublime Barbare Steele, vivra un épouvantable cauchemar. L'effroyable secret du docteur Hichcock, dont nous ne déflorerons pas l'intrigue, est considéré comme l'une des plus brillantes contributions de Riccardo Freda au genre de l'épouvante gothique à l'italienne.
Le Film du jour n°105 : L'effroyable secret du docteur Hichcock

Le réalisateur italien Riccardo Freda (image : www.toutlecine.com)

Riccardo Freda (1909-1999) signa son premier film en 1942. Forte personnalité, il méprisa, sa vie durant, le néoréalisme, le fameux courant esthétique qui domina le cinéma transalpin après-guerre et dont les Rossellini, Visconti, De Sica et autres De Santis furent les plus brillants représentants. Avec ses premiers longs métrages, Freda préféra défendre le film d'aventures historique à grand spectacle et à vocation populaire, avec des réussites indiscutables comme L'aigle noir (1946) - et sa suite La vengeance de l'aigle noir (1951) -, Le chevalier mystérieux (1948) avec Vittorio Gassman dans le rôle de Casanova, Spartacus (1952) avec Massimo Girotti, Ludmilla Tcherina et Gianna Maria Canale, Théodora, impératrice de Byzance (1953) avec, dans le rôle-titre, Gianna Maria Canale (à nouveau, mais normal, c'était son épouse...), Le château des amants maudits (1956), ou bien encore La charge des Cosaques (1959) avec le sculptural Steve Reeves.
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Gianna Maria Canale et Georges Marchal dans Theodora, impératrice de Byzance (Freda, 1953) (image : www.toutlecine.com)

Riccardo Freda s'illustra aussi avec succès dans des genres populaires par excellence : le film de cape et d'épée avec Le fils de d'Artagnan (1949) et Sept épées pour le roi (1962), le péplum avec Le géant de Thessalie (1960), Le géant à la cour de Kublai Khan (1961) et Maciste en enfer (1962), ou le mélodrame tire-larmes avec Le passé d'une mère (1951, avec, je vous le donne en mille..., Gianna Maria Canale !), Les deux orphelines (1966) et Roger la Honte (1966, mais non, ce n'est pas Roger Hanin, tsss...).
Avec la collaboration et le soutien de Mario Bava (l'un des pères du giallo, lire L'espion qui venait du surgelé), Riccardo Freda réalisa aussi le premier film fantastique italien (Les vampires, 1956) et un film de science-fiction honnête quoiqu'un peu poussif (Caltiki, le monstre immortel, 1959). C'est notamment pour rivaliser avec les productions d'épouvante gothique britanniques du studio Hammer qu'il signa sous un pseudonyme anglophone L'effroyable secret du Docteur Hichcock (1962) et sa "suite" (bien que les histoires n'ont aucun rapport), Le spectre du professeur Hichcock (1963). Dans ces deux longs métrages, l'actrice Barbara Steele est mémorable, que dis-je, inoubliable !!!
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Barbara Steele s'essaie au cercueil dans L'effroyable secret du docteur Hichcock (image : www.toutlecine.com)

Née en Angleterre en 1937, Barbara Steele débute sa carrière d'actrice à la fin des années 50 pour la Rank, studio britannique bien connu à l'époque. En 1959, elle apparaît notamment dans deux films de Ralph Thomas, Les 39 marches (un remake d'un film d'Hitchcock des années 30) et La chambre de Madame. Toutefois, la Rank revend rapidement son contrat à la 20th Century Fox et voilà notre Barbara en route pour Hollywood !
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Barbara Steele dans Le masque du démon (Bava, 1960) (image : www.toutlecine.com)

L'expérience s'avérera pourtant malheureuse pour la jeune actrice qui ne va rien tourner pendant deux ans... C'est alors que son agent lui décroche "un rôle important dans un petit film italien". Cette petite production transalpine, c'est Le masque du démon (1960) de Mario Bava qui avait aperçu l'actrice dans l'un de ses films anglais.
Dans le rôle d'une sorcière morte sur le bûcher et ressuscitée d'entre les morts deux siècles plus tard, Barbara Steele marque les esprits à jamais et accède directement au rang de mythe. "Fille illégitime de Christopher Lee et d'une Cyd Charisse minnellienne", d'après l'espagnol Ramon Moix, "la plus belle, la plus pure et la plus émouvante", selon Jean-Paul Török de la revue Positif, "des apparitions qui participent tout à la fois d'un intellectualisme ultrasophistiqué et d'un sadisme extrêmement sensuel", dixit James R. Silke, les dithyrambes ne manquent pas.
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Vincent Price sert le kiki de Barbara Steele dans La chambre des tortures (Corman, 1961) (image : www.toutlecine.com)

Pendant sept ans et dans une dizaine de films, Barbara Steele va alors promener sa sombre beauté et sa silhouette de vamp d'outre-tombe dans des films d'épouvante à l'atmosphère funèbre voire morbide, où elle joue souvent les rôles de victimes (et, parfois, de bourreaux) : La chambre des tortures (Corman, 1961), L'effroyable secret du docteur Hichcock et Le spectre du professeur Hichcock de Riccardo Freda ("Elle a des yeux métaphysiques... Ils ne sont pas réels, ce n'est pas possible, ce sont des yeux de Chirico...", dira-t-il de son interprète), Danse macabre (Margheriti, 1963), La sorcière sanglante (Margheriti, 1964), Un ange pour Satan (Mastrocinque, 1965), Les amants d'outre-tombe (Caiano, 1965), La maison ensorcelée (Sewell, 1967), etc.
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Rik Battaglia et Barbara Steele en mauvaise posture dans Les amants d'outre-tombe (Caiano, 1965) (image : www.toutlecine.com)

Ce succès sera aussi sa malédiction, car Barbara Steele n'arrivera jamais à réellement déployer sa carrière hors de ce genre cinématographique. Et, lorsqu'on fera appel à elle pour un film qui n'est ni d'horreur, ni d'épouvante, ce sera souvent pour lui faire interpréter des personnages gothiques sexy, tel Fellini pour 8 1/2 (1963) qui lui fait dire : "J'adore le fouet"... (ouahh... Barbara...). On verra aussi Barbara Steele en directrice de prison handicapée dans Cinq femmes à abattre (1974) de Jonathan Demme, en lesbienne attirée par l'héroïne dans Frissons (1974) de David Cronenberg, ou en scientifique pervertie dans Piranhas (1978) de Joe Dante.
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Une créature typiquement fellinienne et Barbara Steele dans Huit 1/2 (1963) de Fellini (image : www.toutlecine.com)

Signalons aussi sa présence singulière dans Les désarrois de l'élève Törless (Schlöndorff, 1966), où elle interprète une prostituée maternelle, et dans La petite (Malle, 1978). Dans ce dernier film, elle est l'une des pensionnaires de la maison close où est élevée Brooke Shields. Depuis le début des années 80, Barbara Steele, reconvertie en productrice TV, n'apparaît plus que très occasionnellement dans des petits films de série B.
On a revu néanmoins l'actrice très récemment dans un rôle muet de grand-mère un peu folle et murée dans un passé révolu dans Lost River (2014), le premier film en tant que réalisateur de l'acteur Ryan Gosling. Nostalgie, quand tu nous tiens...
Source: Mad Movies (www.mad-movies.com/)
Barbara Steele aux côtés de Ryan Gosling et de l'équipe de "Lost River" (2014) (Source : Michael Loccisano/Getty Images North America)

Barbara Steele aux côtés de Ryan Gosling et de l'équipe de "Lost River" (2014) (Source : Michael Loccisano/Getty Images North America)

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