L'oeil de Crazy Bug : Triangle

Publié le par lefilmdujour

L'oeil de Crazy Bug : Triangle
Christopher Smith, 2009, film sorti directement en DVD
La gestion des paradoxes temporels est un exercice délicat au cinéma. L'exercice est encore plus risqué lorsque les protagonistes se retrouvent plus ou moins coincés dans une boucle temporelle et que le scénario multiplie les incarnations d'un même personnage, parfois dans la même scène ! Récemment, le thriller espagnol mâtiné de science-fiction Timecrimes (sorti directement en DVD dans nos contrées) avait évité haut la main les pièges et les chausse-trappes générés par ce genre d'histoire, tout en conservant une lisibilité parfaite et en ménageant bon nombre de surprises.
Le dernier long métrage du britannique Christopher Smith, déjà auteur des excellents Creep, Severance et, plus récemment, Black Death, s'avère, lui aussi, un vrai petit bijou. Coïncidence ou hommage, Triangle reprend d'ailleurs quelques gimmicks de Timecrimes à l'instar du sac en toile grossière utilisée comme cagoule par le protagoniste principal...
Il est évidemment hors de question ici de révéler le scénario de Triangle, d'autant plus surprenant et angoissant que l'on ignore les vraies motivations de l'héroïne de cette histoire. Disons juste qu'un groupe d'amis, embarqués à bord d'un voilier du nom de "Triangle", se trouve brutalement pris dans une tempête titanesque et qu'ils ne doivent leur salut qu'au passage d'un paquebot "fantôme". De fait, il n'y a pas âme qui vive sur le navire et, pendant que nos amis explorent le bâtiment, Jess - l'héroïne donc - ressent une pénible impression de "déjà vu" (comme on dit aussi en anglais). Le réalisateur en profite pour placer des cadrages qui s'avéreront ultérieurement des scènes vues par une "autre" Jess - en fait la même - officiant dans une autre boucle temporelle et pas forcément poussée par les mêmes motivations. Oups, j'en ai déjà trop dit !
Alors que Christopher Smith multiplie inexorablement les mises en abyme et invoque le mythe de Sisyphe (le fils d’Éole condamné à transporter un rocher au sommet d'une montagne d'où il roule invariablement), Triangle se creuse d'une profondeur insoupçonnée au fur et à mesure du déroulement de l'action pour aboutir à un final proprement poignant qui donne le vertige au spectateur. Lorsque le générique de fin apparaît, l'envie est forte de revoir une nouvelle fois le film, histoire de boucler la boucle... temporelle !
Crazy Bug
Triangle a reçu en 2011 le Prix du meilleur inédit au Festival international du film fantastique de Gérardmer.
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