Ciné glouglou n°13 : Das Boot - Le bateau

Publié le par lefilmdujour

Ciné glouglou n°13 : Das Boot - Le bateau
Wolfgang Petersen, 1981
A la limite, il n’y a qu’un seul film de sous-marin, et c’est Das Boot. Voilà, c’est dit ! En tout cas, c’est pour cela que votre serviteur hésitait tant à le chroniquer. Parce que quand on émerge d’un tel chef-d’œuvre, il est difficile d’embarquer sur d’autres rafiots.
Il y a tant et tant de choses à dire sur Das Boot qu’on ne sait pas par où commencer.
Situons d’abord son importance. Il ne s’agit pas seulement du plus beau film de sous-marin, mais probablement d’un des dix plus grands films de guerre et, par conséquent, d’un film important tout court. Le genre d’œuvre dont on sort changé. D’abord c’est un long film (plus de trois heures). Ample dans son propos, patient dans la description des personnages. Il s’ouvre sur une longue scène de beuverie collective, très « ciminienne ». Un film en soi, déjà. Les sous-mariniers allemands, à la veille d’un nouveau départ, chantent, boivent, se saoulent, dégueulent, raillent Hitler et insultent Churchill. Ils oublient une dernière fois l’horreur de la guerre en s’oubliant eux-mêmes. Elle est belle, cette grande salle. Belle, cette Française qui gouaille. Beaux, ces hommes qui s’affaissent. Et tout cela pour finir dans des toilettes glauques qui sentent la pisse et le vomi. Oui, le film pourrait bien s’arrêter là. Il serait déjà magnifique.
Pourquoi Das Boot est-il le seul film de sous-marins ? Montez à bord, vous comprendrez tout de suite. C’est l’unique film, à notre connaissance, qui nous montre où sont les chiottes. Les Américains ne s’abaisseraient jamais à montrer les gogues. Cela ne rentre pas dans le code moral de Hollywood. Pourtant, voilà une question intéressante : comment ça marche, les chiottes dans un U-Boat ? Ici, il n’y a d’espace pour rien. Alors on laisse pendre des jambons et des fromages jusque dans le poste central. Et quand tout le monde doit se ruer vers l’avant du navire pour que celui-ci plonge plus rapidement, il y de la casse. Ce détail, plus que d’autres, a frappé les esprits quand le film est sorti : cette course folle des marins vers le bout du navire où ils s’entassent comme des gamins. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un jeu mais d’un impératif de survie.
Cet U-Boat n’est en fait qu’un long couloir que la caméra arpente de l’avant vers l’arrière et vice versa pendant trois heures. Une longue coursive où s’entasse un équipage nombreux, contraint à une promiscuité étouffante. Même le carré des officiers est traversé par ce couloir. Le privilège du commandant et de son second étant d’être assis contre la cloison, tranquilles, alors que les autres doivent se lever à tout moment pour laisser passer des matelots au travail. Au fil des jours, les barbes poussent et les yeux se creusent. Comme eux, vous êtes trempés jusqu’à l’os. Comme eux, vous vous sentez de plus en plus sales. Comme eux, vous attrapez des morpions. Comme eux, l’air vient à vous manquer. Le film semble si réaliste que vous sentez littéralement les mouvements de cette pauvre coque de noix ballottée par la tempête atlantique. Et quand le navire coule, vous coulez vous aussi. Vous fermez les yeux et vous cessez de prier.
Pour le reste, c’est du ciné glouglou classique. Torpilles, grenades sous-marines, record de profondeur avec craquements de coque et boulons qui explosent, geysers d’eau intérieurs. On l’aura compris, l’important, cette fois, est ailleurs. L’important, c’est les hommes. L’important, c’est le regard du capitaine, les pleurs rentrés du second, les vannes à deux balles du rouquin, la folie du chef des machines, la sagesse du responsable des cartes.
La fin du film est une expérience très cruelle. Il ne vous sera rien épargné de l’absurdité de la guerre.
Fab Free

Publié dans Ciné glouglou

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