Jean-Pierre Marielle (1932-2019)

Publié le par lefilmdujour

(photo : Georges Biard)

Après Philippe Noiret et Jean Rochefort, disparus en 2006 et 2017, c’est le dernier des Grands Ducs (titre du film de Patrice Leconte où jouaient les trois acteurs) qui tire sa révérence. Jean-Pierre Marielle, dont la voix était reconnaissable entre toutes, est décédé le 24 avril 2019 à l’âge de 87 ans.

Second prix de comédie classique au Conservatoire où il se lie d’amitié avec Jean-Paul Belmondo et Jean Rochefort, ainsi qu’avec Annie Girardot, Françoise Fabian, Michel Beaune, Bruno Cremer, Jean-Pierre Mocky, Claude Rich et Pierre Vernier, Jean-Pierre Marielle fait ses débuts sur les planches, tente sa chance au cabaret avec Guy Bedos et enchaîne les apparitions sur grand écran à partir de la fin des années 1950.

On commence à le remarquer dans des seconds rôles dans les années 1960, notamment aux côtés de Jean-Paul Belmondo, dans Échappement libre (1964) et Tendre voyou (1966) de Jean Becker, et Week-end à Zuydcoote (1964) d’Henri Verneuil. Dans Le Diable par la queue (1968) de Philippe de Broca, en playboy libertin et grivois, Jean-Pierre Marielle marque les esprits avec un type de personnage qui deviendra un peu sa marque de fabrique dans les années 1970 où sa popularité ne fait que croître.

Il explose véritablement dans trois films réalisés par Joël Séria, Charlie et ses deux nénettes (1973), Comme la lune (1977) et surtout Les Galettes de Pont-Aven (1975), comédie culte où, déchaîné et amoureux du corps féminin, l’acteur est un représentant de parapluies qui décide de tout laisser tomber pour vivre d’amour et de peinture.
Au rayon comédies, Jean-Pierre Marielle joue alors pour Claude Berri (Le Pistonné, 1969 ; Sex-shop, 1972), Georges Lautner (La Valise, 1973, où il est un espion israélien qui tente de rejoindre la France dans (littéralement) la valise diplomatique ; On aura tout vu, 1976, où il incarne un inénarrable producteur de films pornos), Michel Audiard (Comment réussir quand on est con et pleurnichard, 1974), Bertrand Blier (Calmos, 1975), Edouard Molinaro (Cause toujours, tu m’intéresses, 1978), Gérard Pirès (L’Entourloupe, 1979)…

Parallèlement, les rôles dramatiques apportent une grande notoriété à l’acteur, en particulier chez Bertrand Tavernier (Que la fête commence, 1974) et Claude Berri (Un moment d’égarement, 1977). Jean-Pierre Marielle n’hésite pas aussi à jouer les salauds dans La Traque (1974) de Serge Leroy et dans Un linceul n’a pas de poches (1974) de Jean-Pierre Mocky. On le voit même en détective privé dans l’un des premiers giallos de Dario Argento (Quatre mouches de velours gris, 1971).

Pour l’acteur, les années 1980 commencent en fanfare avec le double rôle d’un proxénète ordurier et de son frère militaire dans Coup de torchon (1981) de Bertrand Tavernier, nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle, six ans après celle du meilleur acteur pour Les Galettes de Pont-Aven.

Cinq autres nominations aux César viendront jalonner sa carrière dans les décennies suivantes, sans que jamais Jean-Pierre Marielle ne décroche le fameux trophée (dont il se moquait éperdument). Il sera ainsi nommé au César du meilleur acteur dans un second rôle pour Quelques jours avec moi (1987) de Claude Sautet, où il incarne un bourgeois provincial qui révèle une profonde humanité face à Daniel Auteuil et Sandrine Bonnaire, pour Max et Jérémie (1992) de Claire Devers, ainsi que pour La Petite Lili (2002) de Claude Miller, où il est le frère aîné cynique et désabusé du personnage interprété par Nicole Garcia.

Jean-Pierre Marielle obtient également une nomination au César du meilleur acteur pour le rôle sans doute le plus emblématique de sa carrière, celui de Monsieur de Sainte-Colombe dans Tous les matins du monde (Corneau, 1991), où il incarne le gambiste reclus et janséniste qui, à l’époque de Louis XIV, va enseigner son art à Marin Marais, interprété par Guillaume et Gérard Depardieu. Le comédien recevra encore une nomination au César de meilleur acteur pour Faut que ça danse ! (2006) de Noémie Lvovsky, où il est un septuagénaire accro aux claquettes.

Dans les années 1980, Jean-Pierre Marielle continue d’alterner rôles comiques et rôles dramatiques avec des prestations remarquées dans des films comme Signes extérieurs de richesse (Monnet, 1983), Tenue de soirée (Blier, 1985), Les Mois d’avril sont meurtriers (Heynemann, 1987), Les Deux crocodiles (Séria, 1987) et Uranus (Berri, 1990).

Dans les années 1990, on retiendra encore dans la filmographie de l’acteur, qui compte une centaine de films tournés pour le cinéma, Le Parfum d’Yvonne (1993) et Les Grands Ducs de Patrice Leconte, Le Sourire (1994) de Claude Miller, Les Milles (1994) de Sébastien Grall, Une pour toutes (1999) de Claude Lelouch ou Les Acteurs (1999) de Bertrand Blier.

Dans les années 2000, on le retrouve aux côtés de Jacques Villeret et Denis Podalydès dans Les Âmes grises (2004) d’Yves Angelo, et en prêtre qui retrouve en Danielle Darrieux son amour de jeunesse dans Pièce montée (2009) de Denys Granier-Deferre.

Jean-Pierre Marielle avait aussi beaucoup joué au théâtre et au cinéma. Il avait reçu un Molière du meilleur comédien en 1994 pour son interprétation dans Le Retour de Harold Pinter et avait incarné avec brio le dominicain Bartolomé de Las Casas qui avait dénoncé les pratiques des colons espagnols et défendu les droits des Amérindiens dans La Controverse de Valladolid (1992), téléfilm réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe. On avait revu Jean-Pierre Marielle une dernière fois au générique d’une œuvre de fiction dans un épisode de Capitaine Marleau (Le Domaine des Sœurs Meyer) diffusé en 2016 sur France 3.

Publié dans Claps de fin

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