Jeanne Moreau (1928-2017)

Publié le par lefilmdujour

Actrice, chanteuse et réalisatrice (Lumière en 1975, L’adolescente en 1978), Prix d’interprétation à Cannes pour Moderato Cantabile (1960) de Peter Brook, César de la meilleure actrice en 1992 pour La vieille qui marchait dans la mer (1991) de Laurent Heynemann, César d’honneur en 1995 et 2008, Oscar d’honneur en 1998, Palme d’honneur d’interprétation à Cannes en 2003, Jeanne Moreau est décédée le 31 juillet 2017 à l’âge de 89 ans. Difficile de résumer une filmographie forte de près de 130 longs métrages tournés pour le cinéma, s’étendant de 1949 à 2015 et ayant épousé toutes les vagues du cinéma européen…

Jeanne Moreau avait débuté à l’époque du « cinéma de papa » comme elle se plaisait à le dire parfois. Durant cette période, on pointera son interprétation de la reine Margot (bien avant Adjani) dans le film éponyme réalisé par Jean Dréville en 1954 et deux très bons films où elle fait face à Jean Gabin, Touchez pas au grisbi (195) de Jacques Becker et Gas-oil (1955) de Gilles Grangier. En 1957, c’est la révélation d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle avec qui elle entretient une relation passionnée qui perdurera jusqu’aux Amants (1958). De ces deux films décisifs, on retiendra, pour le premier, la déambulation de Jeanne Moreau dans Paris sur la musique de Miles Davis et, pour le second, la scène d’amour avec Jean-Louis Bory, scène qui fit scandale à l’époque.

Le début des années 1960 est prolifique et riche pour l’actrice qui rencontre le cinéaste anglais Peter Brook pour une adaptation de Marguerite Duras avec Jean-Paul Belmondo (Moderato Cantabile), puis le metteur en scène italien Michelangelo Antonioni (La nuit, 1960, avec Marcello Mastroianni) et enfin François Truffaut. Après une apparition dans Les 400 coups (1958), elle est, en femme indépendante et libre, au cœur de Jules et Jim (1961) (elle y chante l’inoubliable Tourbillon de la vie).

Jeanne Moreau tourne aussi pour Godard (un caméo dans Une femme est une femme, 1960), Joseph Losey (Eva, 1962), Jacques Demy (La baie des Anges, 1962), Orson Welles (une apparition dans Le procès, 1962, puis des rôles majeurs dans Falstaff, 1965, et Une histoire immortelle, 1966) et Luis Buñuel (Le journal d’une femme de chambre, 1963). A peu près à la même époque, elle est une fameuse espionne dans Mata-Hari, agent H21 (1964) réalisé par Jean-Louis Richard qui fut son mari de 1949 à 1951 (et le père de son seul enfant) et avec qui elle retournera dans Le corps de Diane (1968), et joue dans quelques productions internationales comme Les vainqueurs (Foreman, 1963), Le train (Frankenheimer, 1963) ou La Rolls-Royce jaune (Asquith, 1964).

Jeanne Moreau retrouve ensuite François Truffaut (La mariée était en noir, 1968) et Louis Malle (Viva Maria !, 1965, aux côtés de Brigitte Bardot) puis fait une nouvelle rencontre décisive en la personne du cinéaste britannique Tony Richardson (qui quitte Vanessa Redgrave pour elle). Elle tourne avec lui deux films, Mademoiselle (1965) sur un scénario de Jean Genet, et Le marin de Gibraltar (1966), une nouvelle adaptation de Marguerite Duras.

Dans les années 1970, Jeanne Moreau passe devant la caméra d’André Téchiné (Souvenirs d’en France, 1975), retrouve Joseph Losey (Mr Klein, 1976), participe au Dernier nabab (1976) d’Elia Kazan et est enfin filmée par Marguerite Duras elle-même dans Nathalie Granger (1972) aux côtés de Lucia Bose. Une Marguerite Duras à qui elle prêtera sa voix dans L’amant (1991) de Jean-Jacques Annaud et que l’actrice incarnera à l’écran en 2001 dans Cet amour-là de Josée Dayan. On la voit aussi dans une scène sulfureuse et troublante avec Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans Les valseuses (Blier, 1973).

Jeanne Moreau, qui a réalisé deux longs métrages pour le cinéma au cours des années 1970 (Lumière avec Francis Huster et Lucia Bose ; L’adolescente avec à nouveau Francis Huster), va encore croiser la route de Joseph Losey la décennie suivante (La truite, 1982), tourner pour Michel Deville (Le paltoquet, 1986, nomination au César de la meilleure actrice dans un second rôle), jouer l’un des très rares rôles féminins de Querelle (1982) de Rainer Werner Fassbinder d’après Jean Genet et se tirer avec brio du rôle de vieille prostituée que lui a concocté Jean-Pierre Mocky dans Le miraculé (1986).

La comédienne, qui tournera aussi sous la direction de l’Allemand Wim Wenders (Jusqu’au bout du monde, 1991 ; Par-delà les nuages, 1995), du Grec Theo Angelopoulos (Le pas suspendu de la cigogne, 1991), de l’Israélien Amos Gitai (Désengagement, 2007 ; Plus tard tu comprendras, 2008), du Taïwanais Tsai Ming-Liang (Visage, 2008) et du Portugais Manoel de Oliveira (Gebo et l’ombre, 2011), avait aussi travaillé avec de nouvelles générations de cinéastes français comme Luc Besson (Nikita, 1989), Edouard Baer (Akoibon, 2004), François Ozon (Le temps qui reste, 2005) ou Alex Lutz (Le talent de mes amis, 2014, sa dernière apparition sur grand écran).

Jeanne Moreau, qui avait collaboré avec Josée Dayan sur plusieurs téléfilms et séries TV dans les années 2000 (elle fut Mahaut d’Artois dans Les rois maudits en 2005), avait aussi été marié au réalisateur américain William (L’exorciste) Friedkin de 1977 à 1979.                   

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