Seijun Suzuki (1923-2017)

Publié le par lefilmdujour

Cinéaste emblématique du cinéma « pop » japonais des années 1960 auquel de grands réalisateurs comme Quentin Tarantino, Jim Jarmush et Wong Kar-Wai vouent un culte indéfectible, Seijun Suzuki est décédé le 13 février 2017 à l’âge de 93 ans.

Le réalisateur nippon a fait l’essentiel de sa carrière à la Nikkatsu (qui produisit les meilleurs cinéastes de la Nouvelle vague japonaise avec la Shochiku) où il entra en 1954. Après avoir réalisé une vingtaine de films de genre (mélodrames, films d’action ou de yakuzas…), Seijun Suzuki  « commença à imposer une patte personnelle dans des films d’une imagination excitante et non conformiste » (Le cinéma japonais, une introduction, Max Tessier, Nathan Université). Le cinéaste va alors « progressivement imposer son propre style baroque pour devenir, dans les années soixante, le cinéaste culte d’une génération de cinéphiles. Les films de Suzuki se distinguent alors des autres produits similaires par leur outrance : intrigues de plus en plus elliptiques, couleurs criardes, angles impossibles, frénésie sexuelle. » (Laurent Aknin, Cinéma bis, Editions Nouveau Monde).

Ainsi en est-il de Détective bureau 2-3 (1963), La jeunesse de la bête (1963), La barrière de chair (1964) (photo ci-contre), mélodrame érotique sur le destin d’un groupe de prostituées dans le Japon de l’après-guerre et sommet du « pop art » à la japonaise très amoral et très audacieux au niveau sexuel.  Il poursuivit dans cette voie, avec une utilisation imaginative du Cinémascope en couleurs ou en noir et blanc, avec Histoire d’une prostituée (1965), La vie d’un tatoué (1965), Le vagabond de Tokyo (1966), Elégie de la bagarre (1966) et surtout La marque du tueur (1967), son chef-d’œuvre, « portrait d’un tueur à gages qui est aussi un film insensé, dans lequel Suzuki subvertit tous les codes du genre » (L. Aknin).

Le film fut jugé tellement iconoclaste par la Nikkatsu que la maison de production vira le cinéaste. Soutenu par l’intelligentsia, ce dernier entama un long procès contre elle qu’il finit par gagner mais qui l’ostracisa, provoquant un coup d’arrêt à sa carrière. Seijun Suzuki ne revint derrière la caméra que dix ans plus tard pour continuer une œuvre personnelle : Mélodie tzigane (1980), Brumes de chaleur (1981), Yimeji (1991)…  Son dernier film, Princess Raccoon, avait été présenté hors compétition à Cannes en 2005. Récemment Damien Chazelle, de passage à Tokyo pour promouvoir sa comédie musicale La La Land, avait déclaré au Monde s’être « un peu inspiré du Vagabond de Tokyo ».  

Publié dans Claps de fin

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