Michèle Morgan (1920-2016)

Publié le par lefilmdujour

Michèle Morgan a clos une dernière fois ses « beaux yeux » (comme le dit Jean Gabin dans une célèbre réplique de Quai des brumes réalisé par Marcel Carné en 1938). Née Simone Roussel, l’actrice – l’une des plus grandes stars du cinéma français classique – est décédée le 20 décembre 2016 à l’âge de 96 ans.

Première actrice à avoir reçu un prix d’interprétation au festival de Cannes (c’était en 1946 pour La symphonie pastorale de Jean Delannoy), Michèle Morgan est restée présente sur le grand écran sans quasiment discontinuer de 1935 (Mademoiselle Mozart de Yvan Noé ; Une fille à papa de René Guissart) à 1967 (Benjamin ou les mémoires d’un puceau de Michel Deville).

Depuis, elle s’était éloignée du cinéma mais avait quand même accédé aux requêtes de son ami Claude Lelouch pour jouer Le chat et la souris, 1975, avec cette formidable scène de fou rire face à Serge Reggiani, et des apparitions rapides dans Robert et Robert (1978) et Un homme et une femme, 20 ans déjà (1986). On l’avait revue une dernière fois dans une salle obscure pour Ils vont tous bien (1990) de Giuseppe Tornatore.

C’est en 1937 que Michèle Morgan se fait vraiment remarquer face à Raimu dans Gribouille de Marc Allégret qui s’était fait une spécialité de découvrir de jeunes premières. Le succès public du film pousse le réalisateur à reprendre l’actrice novice, cette fois-ci face à Charles Boyer, dans Orage (1937). Quai des brumes, le long métrage suivant, devenu un classique du cinéma, classe Michèle Morgan dans les femmes fatales malgré elles, marquées par une certaine désespérance (photo ci-dessus).

Elle enchaîne alors les films en tête d’affiche : Le récif de corail (Gleize, 1938) face à nouveau à Jean Gabin, L’entraîneuse (Valentin, 1938), Les musiciens du ciel (Lacombe, 1938), La loi du nord (Feyder, 1939), Remorques (Grémillon, 1939), un chef-d’œuvre où, tout en sensibilité, elle donne encore la réplique à Jean Gabin (voir extrait en fin d'article), Untel père et fils (Duvivier, 1940).

Au moment de l’offensive allemande, Michèle Morgan, passée en zone sud, part pour Hollywood et y tourne quatre films dont trois de propagande : Jeanne de Paris (Stevenson, 1941), Trahison en mer (Marin, 1943) et Passage à Marseille (Curtiz, 1944, face à Humphrey Bogart). Elle virevolte aussi aux côtés de Frank Sinatra dans la comédie musicale Amour et swing (Whelan, 1943).

Egalement au générique du film noir L’évadée (Ripley, 1946) où elle côtoie Peter Lorre, Michèle Morgan revient en France où, loin d’être oubliée, elle reprend tout de suite les chemins des studios et renoue avec le succès avec La symphonie pastorale, où elle incarne une jeune aveugle (photo ci-dessus). Le réalisateur du film, Jean Delannoy, hyperclassique voire académique, va alors travailler à maintes reprises avec Michèle Morgan en « figeant » quelque peu l’image et le jeu de l’actrice dans des drames plutôt guindés (Aux yeux du souvenir, 1948 ; La minute de vérité, 1952 ; Obsession, 1954, Marie-Antoinette, 1955…).

Mais l’actrice travaille aussi avec des cinéastes classiques comme René Clément (Le château de verre, 1950, avec Jean Marais), Marc Allégret encore (Maria Chapdelaine, 1950), Jean Grémillon à nouveau (L’étrange madame X, 1950), Claude Autant-Lara (le sketch L‘orgueil dans Les sept péchés capitaux, 1951; Marguerite de la nuit, 1955), Yves Allégret (Les orgueilleux, 1953, avec Gérard Philipe ; Oasis, 1953), René Clair (Les grandes manoeuvres, 1955), Henri Decoin (Pourquoi viens-tu si tard ? 1958), Henri Verneuil (Maxime, 1958 ; Les lions sont lâchés, 1961)...

Pour Sacha Guitry, elle est Joséphine de Beauharnais (Napoléon, 1954) et Gabrielle d'Estrées (Si Paris nous était conté, 1955). C’est face à Bourvil (photo ci-contre) que Michèle Morgan tient, à cette époque, ses meilleurs rôles, celui d’une femme laide qui fait appel à la chirurgie esthétique au grand désarroi de son mari (Le miroir à deux faces, Cayatte, 1958), et celui d’une grande bourgeoise confrontées aux difficultés de l’Occupation (Fortunat, A. Joffé, 1960).

Malheureusement la Nouvelle Vague ignore Michèle Morgan, même si elle est présente dans Landru (1962) de Claude Chabrol. Du coup, la carrière de l’actrice s’étiole et Michèle Morgan préfère alors se consacrer à l’une de ses passions, la peinture, même si elle connaît aussi de grands succès au théâtre en 1978 et en 1982.

A la ville, Michèle Morgan fut l’épouse du grand séducteur Bill Marshall de 1942 à 1949 (leur union donna naissance à Mike Marshall, décédé en 2005 et vu notamment en aviateur anglais dans La grande vadrouille de Gérard Oury). Elle fut également mariée à l’acteur français Henri Vidal de 1950 à 1959 (les deux tourtereaux furent partenaires dans le péplum Fabiola, 1948, d’Alessandro Blasetti) et partagea la vie du réalisateur Gérard Oury de 1960 jusqu’au décès de ce dernier en 2006.

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