Le Film du jour n°249 : Légère et court-vêtue

Publié le par lefilmdujour

Un film français de Jean LAVIRON (1952) avec Madeleine Lebeau, Jean Parédès, Jacqueline Pierreux, Pierre Destailles, Louis de Funès...

Heureuse époque où il suffisait d’étaler sur une affiche de cinéma une actrice "légère et court-vêtue" - avec les deux pattes arrière levées - pour voir affluer les spectateurs dans les salles. Divertir sans vilaine arrière-pensée et amuser sans risque de céphalée, c’était justement le leitmotiv du réalisateur français Jean Laviron (1915-1987), responsable de ce Légère et court-vêtue. Le film est une adaptation d’une pièce de théâtre signée Jean Guitton, célèbre auteur et scénariste déjà cité ici, à l’origine d’œuvres plus ou moins impérissables comme On a trouvé une femme nue (mis en images en 1934 par Léo Joannon), Les rois du sport (Pierre Colombier, 1937) avec Raimu et Fernandel… et la fameuse course des garçons de café, Le gang des tractions-arrière (Jean Loubignac, 1950), Le curé de Saint-Amour (Emile Couzinet, 1952) ou Coup dur chez les mous (Jean Loubignac, 1956).

Un an avant Légère et court-vêtue, Jean Laviron, avec Au diable la vertu (1952), avait déjà adapté au cinéma une pièce de Jean Guitton et Louis de Funès était déjà là.

Jean Laviron, quant à lui, fut d’abord assistant-réalisateur, pour Marcel L’Herbier notamment, avant de passer à la mise en scène en 1951 avec Descendez, on vous demande ! adaptation là encore d’une pièce de théâtre. On retiendra surtout dans sa filmographie un Eddie Constantine d’assez bonne facture (Votre dévoué Blake, 1954) et deux longs métrages relativement rigolos avec le duo Roger-Pierre et Jean-Marc Thibault (Les motards, 1958, et Les héritiers, 1959).

Légère et court-vêtue, l’histoire : Les plus érudits d’entre nous auront tout de suite remarqué que l’expression Légère et court vêtue est la première moitié d’un alexandrin écrit par Jean de la Fontaine, et, plus précisément, tiré de la fable intitulée « La laitière et le pot au lait » : Légère et court vêtue, elle allait à grand pas / Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile / Cotillon simple, et souliers plats. Bravo donc aux littéraires et autres férus de poésie, mais, malheureusement, cela n’a aucun rapport avec le film…

Après cet aparté culturel, voici donc la véritable histoire de Légère et court-vêtue : L'avocat Jacques Vermorel reçoit la visite d'un inconnu, Gaétan, qui lui apprend que sa femme Jacqueline (Madeleine Lebeau, qui trouve là un rôle quasi similaire à celui qu’elle tient dans le redoutable Et moi j’te dis qu’elle t’a fait d’l’œil) lui a accordé ses faveurs. Jacques chasse son épouse qui se réfugie chez l’un de ses prétendants, Pierre. Ce dernier, qui s'apprêtait à épouser sa maîtresse Simone, rompt avec elle. Un prétendu détective, Duvernois (Louis de Funès), engagé par Vermorel pour suivre sa femme, ne cesse de démêler, ou plutôt d'emmêler les fils de l'intrigue. Car il y a deux dingos échappés d’un asile dans l’affaire ! Bref, on l’a compris, les portent claquent, les quiproquos s’enchaînent, nous sommes en territoire connu, en plein vaudeville…

Jacqueline Pierreux (1923-2005), maman dans la vraie vie de… Jean-Pierre Léaud !

Dans Légère et court-vêtue, Simone, la maîtresse, est jouée par Jacqueline Pierreux, une actrice tombée quelque peu aux oubliettes de l’histoire du cinéma français. Et pourtant la dame a apporté, malgré elle oserait-on dire si on était mal élevé, une contribution non négligeable à la Nouvelle Vague !

De fait, Jacqueline Pierreux n’est autre que la mère dans la vraie vie de Jean-Pierre Léaud, héros à quatorze ans des 400 coups (1958) et alter ego de François Truffaut.

Née en 1923 et décédée en 2005, la jeune femme débuta au cinéma sous l’Occupation avec un emploi de figurante dans Les ailes blanches (Péguy, 1942), mélodrame typique de la Révolution nationale chère à Vichy avec Gaby Morlay en religieuse au secours de jeunes filles en perdition.

Jacqueline Pierreux, pin-up française du début des années 50

Aux yeux des producteurs, l’agréable physique de l’actrice et son tempérament dynamique et enjoué la classe irrémédiablement dans la catégorie des femmes fatales. Et c’est ce type de rôle que Jacqueline Pierreux va enchaîner sans sourciller jusqu’à la fin des années 50 au fil d’une filmographie qui compte plus d’une quarantaine de films.

Peu d’œuvres marquantes néanmoins dans le parcours de la comédienne à l’exception de quelques longs métrages réalisés par Henri Decoin (Entre onze heures et minuit, 1948, avec Louis Jouvet), Richard Pottier (Meurtres, 1950, avec Fernandel et Jeanne Moreau) et André Cayatte (Nous sommes tous des assassins, 1952, avec Mouloudji). Les trois ou quatre films où Jacqueline Pierreux joue la vedette féminine sont, quant à eux, bien oubliés : Banco de prince (Dulud, 1950), Minuit Champs-Elysées (Blanc, 1953), Après vous duchesse (De Nesle, 1954)...

Le cinéphile averti (et mélomane, quoique l’adjectif ne soit pas vraiment justifié ici) la repérera quand même auprès de l’acteur/chanteur Georges Guétary dans Plume au vent (Cuny, 1952) et auprès du chanteur/acteur Tino Rossi dans Au pays du soleil (Canonge, 1951).

Une représentation quelque peu olé-olé de Jacqueline Pierreux sur la Une d’un magazine de l’époque !

Vers la fin des années 50, Jacqueline Pierreux se reconvertit dans la pépée de films d’espionnage d’entrée de gamme (OSS 117 n’est pas mort, Sacha, 1956) puis passe en Italie et en Espagne pour relancer sa carrière. Peine perdue… On notera quand même sa présence dans l’un des trois sketchs des Trois visages de la peur (1963) de l’excellent Mario Bava. C’est l’une des dernières apparitions de l’actrice sur grand écran. On ne la reverra que dans Le cinéma de papa (1970) de Claude Berri et dans Violette Nozière (1973) de Claude Chabrol. Et encore ne s’agit-il là que de rôles très fugaces…

Jacqueline Pierreux sombre dans la folie, victime des affres de la culpabilité, dans La goutte d’eau, troisième sketch des Trois visages de la peur (Bava, 1963)

Publié dans Titres étranges

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