Le Film du jour, bien qu'étant un pur béotien en matière de chansons, de poésies et de musique(s), se joint évidemment à l'hommage
unanime aux multiples talents de l'auteur, compositeur et interprète français Georges Moustaki, décédé le 23 mai 2013 à l'âge de 79 ans.
Nous ajouterons que Georges Moustaki a également apporté sa (petite) contribution au cinéma. L'auteur de "Milord" (chanté par Edith
Piaf) a en effet composé les bandes originales d'une poignée de longs métrages dont celles du Temps de vivre (1968) de Bernard Paul, de L'Américain (1969) de Marcel Bozzuffi,
du Pistonné (1969) de Claude Berri de La fiancée du pirate (1969) de Nelly Kaplan et de Solo (1969) de Jean-Pierre Mocky.
En tant qu'acteur, l'interprète du "Métèque" avait par ailleurs tenu la tête d'affiche de Mendiants et orgueilleux (1971), un long métrage de fiction réalisé en 1971 par Jacques Poitrenaud (lire aussi Du grabuge chez les veuves). Egalement
auteur de la bande originale, Georges Moustaki y interprétait Hadjis, un professeur de philosophie trentenaire ayant mis en application ses concepts spirituels en délaissant l'Europe pour venir
s'installer dans un quartier populaire de Tunis et y vivre dans le dénuement.
Ci-dessous, la bande-annonce de La fiancée de la pirate (N. Kaplan, 1969) sur l'air de "Moi, j'me balance" de Georges
Moustaki, interprété par Barbara :
Réalisateur à l’excellente réputation de l’autre côté du Channel, le britannique Bryan Forbes est décédé le 8 mai 2013 à l’âge
de 86 ans. Connu de ce côté-ci de la Manche pour son adaptation (pas folichonne) de La folle de Chaillot (1969) de Giraudoux avec Katharine Hepburn dans le rôle-titre, Bryan Forbes vaut
surtout pour ses premiers films réalisés au début des années 1960.
Dans Whistle down the Wind (1961), trois enfants livrés à eux-mêmes croient voir le Christ revenu sur Terre dans les traits d’un meurtrier blessé (Alan Bates dans sa première apparition
à l’écran). La chambre indiscrète (1962), le deuxième long métrage du réalisateur britannique, permit à Leslie Caron (oui, notre Leslie Caron, celle d’Un Américain à Paris) de
rafler un Golden Globe de la meilleure actrice. Elle y interprète une Française se croyant enceinte et errant dans les rues de Londres. Logée dans une pension miteuse, elle y côtoie des marginaux
et les couches les plus défavorisées de la société, un thème récurrent dans le cinéma anglais du début des années 1960.
Leslie Caron dans La chambre indiscrète (1962) de Bryan Forbes
Marqué par la présence au générique de Richard Attenborough, avec qui il avait créé une société de production commune, Le rideau de
brume (1964), un thriller atmosphérique assez prenant, est le troisième film de Bryan Forbes. Il valut à Kim Stanley, qui y joue une médium qui pousse son mari à enlever une fillette pour se
vanter de l’avoir ensuite retrouvée grâce à ses dons, une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice.
On doit aussi à Bryan Forbes Un mort en pleine forme (1966), adaptation d’Un mort encombrant, l’un des romans les
plus amusants de Robert Louis Stevenson, ainsi que Le chat croque les diamants (1968) avec un Michael Caine en gentil voleur de diamants, et Les femmes de Stepford (1975), film
où toutes les femmes d’un village ont un comportement étrangement parfait de fées du logis décérébrées (le thème fut repris en 2003 dans Et l’homme créa la femme de Frank Oz avec Nicole
Kidman).
Katharine Hepburn dans La folle de Chaillot (1969) de Bryan Forbes
(image : www.toutlecine.com)
Signalons aussi, dans la filmographie de Bryan Forbes, Sarah (1978), version contemporaine du Grand National (1944)
de Clarence Brown, avec Tatum O’Neal galopant sur les traces d’Elizabeth Taylor. Le réalisateur signa également, aux côtés de Dino Risi, Gene Wilder et Edouard Molinaro, un sketch des
Séducteurs (1979).
Ci-dessous, la bande-annonce originale du Rideau de brume :
Scénariste, acteur, réalisateur et chroniqueur, le comédien français Artus de Penguern est décédé le 15 mai 2013 des suites d’un accident vasculaire cérébral. Il avait 56 ans. Présent sur grand
écran depuis le début des années 1980 (il est l’un des joyeux lurons de Prends ton passe-montagne, on va à la
plage, réalisé en 1982 par Eddy Matalon), il s’était fait connaître du grand public par son rôle d’écrivain désabusé et gentiment dépressif, client du café où travaille Amélie
Poulain dans le film de Jean-Pierre Jeunet sorti en 2001. Cette même année 2001, Artus de Penguern avait tourné et interprété Grégoire Moulin contre l’humanité, nommé dans la catégorie
du César de la meilleure première œuvre de fiction. Une comédie devenue culte pour certains cinéphiles. Le comédien avait réalisé un deuxième film en 2011 avec Bruno Solomone et Héléna
Noguerra (La clinique de l’amour !).
Auteur de one-man-shows, réalisateur de plusieurs courts-métrages remarqués dans les années 1990, chroniqueur depuis 2012 dans
l’émission Comme on nous parle sur France-Inter, réputé pour son humour caustique, Artus de Penguern avait joué des rôles, petits et grands, dans près d’une quarantaine de longs métrages
au cinéma. Chasseur de « goûteurs » pour Bernard Giraudeau dans Une affaire de goût (Rapp, 1999), député-maire dans Les gens honnêtes vivent en France (Decout, 2004),
frère de Muriel Robin et de Jean-Pierre Darroussin dans Saint-Jacques… La Mecque (Serreau, 2005), père adoptif d’un Darry Cowl qui jouait là son dernier rôle dans L’homme qui rêvait
d’un enfant (Gleize, 2006), compagnon quelque peu lâche de Valérie Lemercier dans Agathe Cléry (Chatiliez, 2007), le comédien était encore à l’affiche ces dernières semaines de
La fleur de l’âge (2012) de Nick Quinn.
Un film italo-franco-espagnol de Jesus FRANCO (alias Jess FRANK) (1962)
Avec : Georges Rollin, Conrado San Martin (alias Sean Martin), Danik Patisson, Perla Cristal
077 Opération Sexy, connu également sous le titre français Agent 077 : Opération Jamaïque, est à mettre au crédit de l'inusable et infatigable Jesus Franco, l'homme aux 200
films (voir Deux espionnes avec un
petit slip à fleurs et Trois filles nues dans l'île de Robinson) décédé le 2 avril 2013. Sorti en 1966 dans l'Hexagone flanqué d'une interdiction aux moins de 18 ans, 077 Opération Sexy fut projeté durant l'été 2008 à la
Cinémathèque française à l'occasion de la Rétrospective Jesus Franco, où les amateurs purent se régaler d'une soixantaine de longs métrages du maître. Je ne résiste pas au plaisir
de vous en livrer les titres les plus évocateurs : La comtesse aux seins nus (1973), Vampiros Lesbos/Sexualité spéciale (1970), Lettres d'amour d'une nonne
portugaise (1977), La partouze de minuit (1976), Dracula, prisonnier de Frankenstein (1971), Le cri d'amour de la déesse blonde (1977), La crypte des
femmes maudites (2008), etc.
Autre titre, mais même film...
Précisons que, dans 077 Opération Sexy, le réalisateur s'inspira du style qu'Orson Welles avait déployé dans La soif
du mal (1958). Retour à l'envoyeur : le grand metteur en scène américain, qui remarqua le film de l'Espagnol ainsi que son tout aussi réussi Chasse à la mafia (1963),
confia à Jesus Franco la direction de la seconde équipe de son Falstaff (1965). Comme quoi, le Film du jour ne vous parle pas que de films ultra-Z !
077 opération sexy, l'histoire : Un agent secret est chargé de démanteler un réseau de trafic d'armes, dont le noeud central semble être une boîte de nuit. L'hypothèse se
confirme lorsqu'un trompettiste est retrouvé mort devant le dancing (cherchez pas à comprendre...). Parallèlement, le chef du réseau trahit l'un de ses hommes, le fait tuer
par la police et épouse sa femme. Apprenant le fin mot de l'histoire, cette dernière, toute retournée, décide de venir en aide à l'agent secret...
Le film - ou tout du moins son titre français - tente de surfer sur le succès à l'écran des James Bond 007, ainsi que sur celui, moindre il est vrai, de l'agent 077 joué au cinéma
par trois fois par l'acteur américain Ken Clark (Opération Lotus Bleu et Fureur sur le Bosphore, tournés en 1965 et signés par l'italien Sergio Grieco, alias Terence
Hathaway, et Mission spéciale Lady Chaplin, 1966, réalisé par Alberto Martino). Sauf que dans 077 Opération sexy, il n'y a pas plus d'agent 077 que de cheveux
sur la tête d'un chauve. Le héros porte en effet le doux nom d'agent 069 ! Encore un sale coup des distributeurs français du film, toujours prêts à rouler le spectateur dans la
farine...
Une vraie aventure de l'agent 077 !!!
Au générique de 077 Opération Sexy, le spectateur a la joie de découvrir la charmante actrice française Danik
Patisson, née en 1939. Un nom qui ne vous dira peut-être rien mais cette blondinette eut pourtant son heure de gloire à la fin des années 50. Le Film du jour en veut pour preuve,
ci-dessous, ces magnifiques Une de magazines de cinéma de l'époque !
Jeune danseuse classique, Danik Patis- son pose pour quelques magazines et se voit offrir dès 1953 de
petits rôles au cinéma, pour la plupart non crédités. On l'aperçoit ainsi dans Maternité clandestine (Gourguet, 1953), Mam' zelle Nitouche (Y. Allégret, 1954)
ou Interdit de séjour (Canonge, 1954), films où les premiers rôles féminins sont confiés à Dany Carrel, Pier Angeli et Joëlle Bernard, respectivement.
En 1955, Danik Patisson, tout juste âgée de seize ans, passe la vitesse supérieure. Elue Miss Paris cette année-là, elle décroche un rôle significatif (sous le nom de Danick
Aubray) dans Les Duraton (Berthomieu, 1995). L'actrice en herbe y incarne la chère fifille de Monsieur et Madame Duraton dont l'histoire s'inspire d'une célèbre émission
radiophonique de l'époque.
C'est en 1956 que la belle Danik Patisson se positionne enfin au premier plan en partageant la tête
d'affiche du Long des trottoirs (Moguy, 1956) avec Anne Vernon, une actrice qui jouera la mère de Catherine Deneuve dans Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy en
1964. Dans ce film réalisé par un "spécialiste des adolescentes victimes de leur sexualité" (dixit les éditions René Chateau DVD), notre pépée en devenir est Christine, une
jeune et séduisante orpheline, honteusement chassée par la famille qui l'hébergeait et obligée de se livrer à la prostitution pour subsister (mais ne vous inquiétez pas, c'est un
mélo des familles et notre héroïne sera sauvée du trottoir et trouvera l'amour dans les bras d'un beau médecin...).
Le rôle qu'elle tient dans Le long des trottoirs, où on l'aperçoit en tenue d'Eve (mais faut avoir de
bons yeux et avoir la zapette à portée de main pour figer l'image), offre à Danik Patisson l'opportunité d'aborder enfin les rôles de vamp dans les petits films policiers
et les bandes d'espionnage qui fleurissent à la fin des années 50. Elle côtoie ainsi OSS 117 dans OSS 117 n'est pas mort (Sacha, 1956) aux côtés d'une autre pépée de l'époque
(Magali Noël), qui saura se reconvertir dans le "grand" cinéma, chez Fellini notamment (voir Mourez, nous ferons le reste).
Danik Patisson dans Le long des trottoirs (Moguy, 1956)
Danik Patisson est également au générique du nettement plus connu Rafles sur la ville (Chenal, 1956)
avec Charles Vanel, Michel Piccoli et la pulpeuse Bella Darvi. On la retrouve encore en secrétaire de Bob Stanley, célèbre agent du FBI joué par Eddie Constantine, dans
Incognito (Dally, 1957) où ils doivent combattre la redoutable Tilda Thamar. L'actrice tombe par ailleurs (cinématographiquement parlant) sous le charme de Sacha Distel dans
Les mordus (R. Jolivet, 1960), un petit polar aujourd'hui oublié.
Sacha Distel et Danik Patisson dans Les mordus (R. Jolivet, 1960)
Danik Patisson se pique aussi de percer à l'international. Elle croise alors Lilli Palmer et Romy
Schneider dans le film franco-allemand au sous-texte lesbien Jeunes filles en uniformes (Radvanyi, 1958), puis la poumonnée Jayne Mansfield dans le long métrage
britannique La blonde et les nus de Soho (Young, 1960). L'actrice pointe également aux génériques d'un film portugais et d'une vague coproduction franco-italienne de
cape et d'épée (Le capitaine Tempête, De Marchi, 1961). Autant dire que la carrière cinématographique de Mademoiselle Patisson commence sérieusement à battre de
l'aile. De fait, elle ne tournera plus que six ou sept films pour le cinéma dont un Max Pécas (De quoi tu te mêles, Daniela ! 1961), un réalisateur dont
le Film du jour vous a parlé maintes et maintes fois (et pas toujours pour en dire du bien...). Seul L'accident (Gréville, 1962), beau film noir tourné sur l'île de
Bréhat et adapté d'un roman de Frédéric Dard, sort du lot. Danik Patisson y retrouve d'ailleurs Magali Noël.
L'un des derniers films tournés par Danik Patisson
Danik Patisson tournera son dernier film pour le cinéma en 1965 sous la direction de Robert Hossein dans Le
vampire de Düsseldorf, long métrage qui compte l'histoire d'un serial killer qui sévissait dans les années 20 (et qui inspira aussi Fritz Lang pour son M. le
maudit de 1931). L'actrice continuera toutefois sa carrière au théâtre ainsi qu'à la télévision où vous avez dû certainement la croiser au détour d'un Boulevard du
Palais, d'un Julie Lescaut ou d'un Navarro. En 1982, Danik Patisson fut interviewée par le cinéaste Guy Gilles dans le cadre de l'émission mythique
"Cinéma, cinémas" diffusée sur Antenne 2. Dans le documentaire "Où sont-elles donc ?", Guy Gilles faisait revenir les vedettes de son enfance pour leur poser une seule question :
"Comment c'est la vie, sans le cinéma ?" Aux côtés de Danik Patisson, on y voyait d'autres "oubliées" comme Janine Darcey, Marcelle Derrien, Jany Holt, Danielle Godet
ou Odette Joyeux. Danik Patisson a également participé aux derniers spectacles de Robert Hossein au Théâtre de Paris (L'affaire Seznec, L'affaire Dominici).
Valérie Pascale, fille de Danik Patisson, et Pierre Dhostel,
fils de Pierre Bellemare, animateurs de M6 Boutique
Signalons enfin que Danik Patisson n'est autre que la mère de Valérie Pascale, née en 1968 et aujourd'hui animatrice
de télévision dans des émissions de télé-achat (sur M6 notamment). Comme bon sang ne saurait mentir, Valérie Pascale fut élue Miss Paris (comme maman), puis Miss France en 1986 (plus
fort que maman !). Elle démarra sa carrière à la télévision en 1989 sur M6 (à la météo) et ira jusqu'à animer Fort Boyard en 1993 aux côté de Patrice Laffont. On a revu Valérie
Pascale dans le courant de l'été 2009 lors de la spéciale vingtième anniversaire de Fort Boyard en compagnie d'anciens animateurs de l'émission.
"Les films fabriqués à des budgets oscillant entre 4 et 25 millions d'euros nourrissent les gens qui les fabriquent, mais sont des
entreprises perdantes à terme. On fait, en France, le cinéma le plus cher du monde. Le système, vertueux au départ, est devenu vicieux aujourd'hui : les films coûtent trop cher. Grâce aux aides
publiques, aux avantages fiscaux, aux obligations des chaînes, on peut arriver à zéro sur un film qui n'est absolument pas rentable sur le marché. Et, ainsi, tout peut durer, comme chez les
Shadocks. On peut continuer à pomper du pétrole, même quand il n'y en a pas. Le problème, c'est que cela produit de moins en moins de films originaux, dont le cinéma a pourtant besoin pour se
ressourcer. Le système meurt de ça."
Eric Heumann, producteur (Indochine, L'éternité et un jour, In the Mood for Love...), dans So Film
n°10, mai 2013, page 84.
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